« Le Procès du viol », sur Planète+ : l’affaire qui a bouleversé le droit français

L’avocate Gisèle Halimi et le professeur Alexandre Minkowski, entourés d’Anne Tonglet (à gauche) et d’Araceli Castellano (à droite), en mai 1978, à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône).

PLANÈTE+ CRIME INVESTIGATION – VENDREDI 20 AOÛT À 22 H 40 – DOCUMENTAIRE

C’est l’histoire d’un silence qui se fissure, se lézarde et rompt. En août 1974, deux jeunes touristes belges, Anne Tonglet et Araceli Castellano, qui campaient dans les Calanques marseillaises, sont battues, puis violées par trois hommes. Cinq heures durant. Que fait une femme violée à cette époque, en France ? « Avant cette affaire jugée à Aix-en-Provence, à peine 1 500 femmes osent porter plainte et très peu de celles-ci aboutissent à un procès », explique la narratrice du film. Les jeunes femmes belges vont rompre le silence. Et ainsi contribuer à changer le droit.

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Pour relater ce moment de bascule, l’historien Jean-Yves Le Naour et le réalisateur Cédric Condon ont réuni les victimes, les conseils et les témoins de l’époque : d’abord, Anne Tonglet et Araceli Castellano, dont le témoignage exhale courage et dignité. Mais aussi les avocats des parties civiles et de la défense, les journalistes qui ont suivi l’affaire, la secrétaire d’Etat à la « condition féminine », qui éclairent les faits et en rappellent le contexte. L’impact sociétal est exposé à travers des archives télévisées.

Misogynie et logiques patriarcales

Retracer l’histoire de ce procès, c’est souligner la profondeur de l’ancrage de la misogynie et des logiques patriarcales dans la société de la fin du XXe siècle. Le combat d’Anne Tonglet et d’Araceli Castellano commence dès l’hôpital : après l’épreuve de l’examen médical, elles subissent une confrontation avec les trois agresseurs, rapidement interpellés par les gendarmes grâce aux détails de la plainte. Puis, comme c’est la norme alors, l’instruction débute par une « enquête de moralité » sur les plaignantes. Le couple lesbien, naturiste, féministe, est soupçonné d’avoir des mœurs légères, de s’être trouvé où il ne fallait pas, de porter et de faire ce qui ne convient pas…

En dépit des faits, qui démontrent la préméditation et l’absence de consentement, la juge d’instruction requalifie l’affaire en « coups et blessures », simple délit, entraînant le procès en correctionnelle. « La juge leur a dit : “Vous avez bien dû consentir à un moment, autrement vous ne seriez pas là pour en parler” », rappelle la sociologue et militante féministe Christine Delphy.

Anne Tonglet et Araceli Castellano trouvent des soutiens auprès de militantes féministes, mobilisées, et parviennent à faire renvoyer le procès aux assises. Elles contactent l’avocate Gisèle Halimi, qu’elles ont entendue à la radio. Comme elle l’avait fait au procès de Bobigny, en 1972, pour l’avortement, Me Halimi instruit, avec Agnès Fichot, le procès du viol. Les audiences débutent en mai 1978, à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), et marqueront un tournant : les agresseurs sont condamnés, mais, surtout, la question du viol s’impose, non sans violence, dans le débat public, à travers la parole des femmes un moment considérée. Au lendemain du verdict, la loi du 23 décembre 1980 redéfinit le viol et le reconnaît comme un crime.

Le Procès du viol, documentaire de Jean-Yves Le Naour et Cédric Condon (Fr., 2013, 52 min).