« Le quartier a été communautarisé » : à la Mosson, à Montpellier, la frustration des habitants face au manque de diversité

Le quartier de la Mosson à Montpellier, en décembre 2016.

Souvenez-vous. C’était le 19 avril 2021, lors d’un déplacement du président de la République dans le quartier de la Mosson, à Montpellier. Ce jour-là, Emmanuel Macron visite un point de deal démantelé lorsqu’une mère de famille, Naïma Amadou, l’interpelle : « Mon fils de 8 ans m’a demandé si le prénom Pierre existait vraiment ou si ce n’est que dans les livres, tellement il y a un manque de mixité. » Le chef de l’Etat venait faire le service après-vente de sa politique sécuritaire et prendre son premier bain de foule depuis le début de la pandémie, le voilà pris à partie – et par surprise – sur un sujet qu’il n’avait pas prévu d’aborder. Il hausse les sourcils, et botte en touche.

La question est une équation sur laquelle les politiques butent. Les lois, les quotas, les opérations de rénovation urbaine, le bâton et la carotte, rien n’y fait : « On continue de loger les plus pauvres avec les plus pauvres, constate le géographe Grégoire Fauconnier, auteur de Loi SRU et mixité sociale. Le vivre-ensemble en échec ? (éditions Omniscience). Force est de constater que la politique de mixité est un échec. »

Contrairement à certaines idées reçues, les habitants des quartiers populaires subissent ce manque de diversité et le déplorent. Une étude réalisée par Harris Interactive pour l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU), et publiée en juin, révèle que 70 % d’entre eux jugent prioritaire de « regrouper des habitants aux situations sociales plus différentes qu’aujourd’hui » dans leur quartier, contre 43 % dans la population générale. « Ce sont les catégories bourgeoises qui sont à l’origine de cette ségrégation, les populations modestes accusées de communautarisme sont celles qui réclament de la mixité », précise M. Fauconnier.

« C’est le bled, ici ! »

Partout en France, au fil des rencontres, ces populations modestes racontent leur frustration, leur désarroi, leur colère aussi. A Chanteloup-les-Vignes, dans les Yvelines, dans le quartier de la Noé, un médiateur interroge : « Où sont les Blancs ? On n’a jamais voulu qu’ils partent, on veut qu’ils reviennent ! » A Roubaix, dans le Nord, dans le quartier de l’Epeule, un fils de harki fulmine : « Vous croyez que c’est ce qu’on veut ? Des kebabs partout ? Vous croyez qu’on est contents ? » A Colombes, dans les Hauts-de-Seine, dans le quartier du Petit-Colombes, un coiffeur explose : « C’est le bled, ici ! Je suis désespéré, pourquoi les autorités font ça, pourquoi elles continuent de nous parquer ensemble, pauvres et immigrés ?! »

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