« Le Radicalisé. Enquête sur Eric Zemmour » ou le portrait d’un ambitieux « sans limites »

Livre. S’il y a un ouvrage à lire sur Eric Zemmour, c’est bien celui-ci. Etienne Girard, rédacteur en chef du service société à L’Express, a publié le 28 octobre une enquête minutieuse, fouillée et très documentée sur le polémiste d’extrême droite. L’enquête est certes sans concession, mais sans attaque gratuite, et c’est de loin la plus complète à ce jour. Avec une hypothèse, discrètement étayée au fil du livre : le ressort de la candidature d’Eric Zemmour à l’élection présidentielle, improbable il y a six mois, tient moins à un ego surdimensionné et à un concours politique de circonstances qu’à un besoin impérieux de revanche sociale, même si elle participe des trois.

« Eric Zemmour s’est rêvé en personnage de Balzac avant d’en devenir un, écrit Etienne Girard, il a construit méthodiquement son parcours dans la belle société parisienne. A chaque fois, il en a voulu plus. Happé par le destin hors norme que d’autres lui promettaient. Il s’en est toujours jugé digne. » Même s’il ne s’est jamais débarrassé d’« un complexe de classe, qui le pousse toujours à chercher l’approbation de l’intelligentsia » – en témoignent ses efforts pour entrer, en vain, dans le très sélect Cercle Interallié.

Sauveur d’une France millénaire

L’enquête vaut d’abord par la description détaillée des réseaux Zemmour, des grands patrons sollicités pour la campagne à son entourage immédiat et, aujourd’hui, son équipe, dont l’indispensable Sarah Knafo, qui a la main mise sur l’ensemble. « Ils se fascinent l’un l’autre, dit Philippe de Villiers, l’un des premiers à l’avoir poussé à se présenter, en 2015. Ça finira mal. » L’ancien député européen assure aujourd’hui faiblement qu’il parlait d’Emmanuel Macron.

Etienne Girard raconte pas à pas comment s’est construite cette marche vers l’Elysée, et comment, des réseaux catholiques traditionalistes, souverainistes et identitaires, s’est imposée une candidature qui, « quoi qu’il advienne, doit être l’occasion de purger à la fois le problème Les Républicains, trop mous, et le péril Marine Le Pen, qui vampirise 20 % des voix au premier tour tout en paraissant incapable de s’imposer au second ».

Le programme de Zemmour, « c’est le même depuis mille ans », résume son ami Paul-Marie Coûteaux. Le polémiste s’imagine en sauveur d’une France millénaire, menacée d’extinction à court terme, en martelant son unique obsession, l’invasion migratoire, le « grand remplacement », des idées qu’il défend d’ailleurs depuis vingt ans. Il s’agit de rompre clairement avec les principes fondateurs de la Ve République – ce qui lui vaut le soutien intéressé des royalistes de l’Action française, qui partagent avec lui une vive admiration pour le très antisémite Charles Maurras (1868-1952). Le polémiste, littéralement réactionnaire, entend revenir sur « les quarante années qui ont défait la France ».

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