« Le rapport Sauvé, sans le dire explicitement, appelle à une révolution copernicienne de l’Eglise »

Tribune. Le 21 octobre, Danièle Hervieu-Léger, dont j’apprécie beaucoup les ouvrages, écrivait ici même que le célibat des prêtres était la clé de voûte du système clérical. Je dirais plutôt qu’il n’en est que l’une des manifestations éclatantes, ce qui est très différent. En effet, ce système est né antérieurement à l’imposition du célibat chez les évêques et les prêtres. Il incluait déjà l’organisation cléricale de l’Eglise et sa doctrine dogmatique officielle, les deux étant intrinsèquement liées.

Le système clérical est apparu vers la moitié du IIe siècle de notre ère. Jusqu’alors, l’animation des communautés chrétiennes se faisait d’une manière collégiale par les presbytres (étymologiquement les anciens ou les anciennes, au sens de sages) et les épiscopes (des gens chargés de vérifier le bon fonctionnement communautaire). A ces deux fonctions, on était désigné par les membres de la communauté. Au IIe siècle, cette animation a été accaparée par une seule personne masculine : un épiscope. Ainsi est né l’épiscopat monarchique, tel qu’il existe toujours dans le catholicisme et l’orthodoxie.

Verrouillage datant du concile de Trente

Ces épiscopes (évêques), désormais chefs des communautés, ont pensé leur responsabilité à l’image du sacerdoce juif. Ils l’ont sacralisé et justifié en faisant appel à des textes évangéliques lus de manière littérale (Matthieu 16, 17-20 ; 18, 15-18, 28, 18-20 ; Luc 22, 14 ; Jean 20, 22-23) et interprétés comme une mission reçue de Jésus ressuscité lui-même, confiée d’abord aux apôtres puis à leurs successeurs, les évêques. Or, nous savons très bien par les recherches exégétiques que ces textes ne sont pas des récits à prétention historique et qu’ils ne fondent pas un régime hiérarchique dans les communautés chrétiennes introduisant la division clercs-laïques, les premiers disposant de tous les pouvoirs, les seconds ayant pour vocation de leur obéir en tout dans le domaine de leur vie spirituelle.

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Ce n’est pas tout. Les évêques, en définissant la vraie foi chrétienne aux IVe et Ve siècles dans les premiers conciles et en l’imposant dans toute l’Eglise au sein de l’Empire romain, qui l’a adopté à la fin du IVe siècle comme religion officielle, bouclaient la boucle dans l’appropriation par l’épiscopat monarchique des trois pouvoirs exclusifs, tous sacralisés : l’enseignement et l’interprétation de la vraie foi, la présidence de l’eucharistie valide (puis des sacrements), le pouvoir de gouvernement et de coercition. L’imposition du célibat est venue ensuite par paliers successifs, et le verrouillage s’est terminé au concile de Trente, au XVIe siècle.

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