« Le rêve chinois d’EDF semble bel et bien terminé »

Chronique. Depuis le 14 juin, Fabrice Fourcade, le patron d’EDF en Chine, et le service économique de l’ambassade de France à Pékin sont aux abonnés absents. En quelques heures, un incident technique, a priori mineur, dans une centrale nucléaire chinoise s’est transformé en crise parfaite pour l’électricien français.

La bombe à fragmentation est venue des Etats-Unis. Lundi 14 juin, alors que le président américain, Joe Biden, est en Europe, la chaîne américaine CNN annonce que le français Framatome a, quelques jours plus tôt, informé la Maison Blanche d’une « menace radiologique imminente » à la centrale nucléaire de Taishan, dans l’extrême sud de la Chine. Pourquoi Framatome ? Parce que cette centrale, dont EDF est actionnaire à 30 %, a été construite sur le modèle de l’EPR français et que Framatome en est l’un des principaux artisans. « Plus important contrat commercial signé par l’industrie nucléaire française et, plus généralement, de l’histoire du nucléaire civil, ce projet vient renforcer la présence de Framatome en Chine, l’un des marchés les plus prometteurs au monde », explique le groupe sur son site.

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Pourquoi les Etats-Unis ? La réponse est compliquée. Selon Le Figaro, l’ingénieur français chargé du suivi du dossier – en réalité, une fuite de crayons de combustible fournis par Framatome – a prévenu un collègue outre-Atlantique car c’est la filiale américaine qui gère la base de données de tous les incidents survenus dans le groupe. Problème : l’actionnaire majoritaire de Taishan, le chinois CGN, figure sur la liste noire du gouvernement américain. Pour travailler sur le dossier et éventuellement venir en aide à Taishan, un Américain doit donc obtenir l’aval de la Maison Blanche.

Crime de lèse-majesté

Les communicants d’EDF auront beau tenter d’éteindre l’incendie en expliquant, de Paris, que l’incident est mineur, la catastrophe industrielle, elle, est majeure. L’épisode prouve en effet qu’EDF, actionnaire à 30 % de Taishan, n’a pas voix au chapitre, n’est pas informé des problèmes techniques et ne parvient pas à obtenir la réunion d’un conseil d’administration. Dans la Chine de Xi Jinping, où toute situation est le résultat d’un rapport de force, un minoritaire n’a – par définition – aucun droit.

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Mais le principal problème est ailleurs. Mis en service en 2018, Taishan est le fleuron de la coopération franco-chinoise. Ce réacteur nucléaire EPR de troisième génération est le premier à avoir vu le jour. Selon les spécialistes, l’origine du problème pourrait provenir de la fabrication – en France – des crayons, de leur transport, de leur installation, voire d’un défaut de conception de l’EPR. Si le problème vient de France, les Chinois ne vont pas apprécier. Surtout, et c’est sans doute le plus grave, ils risquent de faire payer très cher aux Français l’humiliation que viennent de leur infliger les Etats-Unis. Que Paris soit passé par Washington pour obtenir des informations de Pékin et faire perdre la face à la Chine est un crime de lèse-majesté qui prouve que, dans la guerre technologique entre la Chine et les Etats-Unis, la France est, bon gré mal gré, du côté de ces derniers. Il est clair que, si la centrale avait été construite avec l’aide de la Russie, la défaillance des crayons ne serait pas parvenue sur le bureau du président des Etats-Unis. Orano (ex-Areva) peut sans doute faire une croix sur l’usine de retraitement qu’elle espère vendre à la Chine depuis près de vingt ans.

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