Le revers de jeans, gloire et misère

Jeans 501 Original, Levi’s, 109 €. Chaussettes Everyday Cushioned, en coton et polyester, 12 € les 3 paires, Nike.

Chez l’enfant, le revers de jeans est la marque de l’autorité parentale, celle qui veille à ce que les habits durent au-delà de cinq roulades et trois récréations, voire d’un trimestre. A l’adolescence, telle qu’elle s’épanouit à partir des années 1980, roulotter son bas de pantalon sert à l’inverse à mettre en évidence le cool d’une paire de baskets.

La culture adulescente en plein essor et qui s’impose encore aujourd’hui, Retour vers le futur en tête, est saturée d’incitations à retrousser son denim. Dans le même ordre d’idée, le bas de jeans peut même, chez les plus jeunes, disparaître dans la chaussette ou derrière la languette de ses Jordan, façon stage intensif à Clairefontaine ou en hommage aux nineties.

La fantasmagorie des pionniers

Si la mode des adultes est davantage tournée vers l’épure, le revers agit comme un roulement de tambour avant de dévoiler la chaussure, fût-elle basket sage, banale ou laide. Mais ce revers d’apparat ne fait pas le poids face à l’extra large, haut de 5, 10, voire 20 centimètres.

Qu’il soit originaire du Far West, du Black Rebel Motorcycle Club ou de la mode la plus exigeante, il s’inscrit dans la fantasmagorie des pionniers. Partout où il passe, il fait voler la poussière et terrorise le revers par défaut qui, faute d’un bon coup de ciseau, s’excuserait presque d’exister.

A ces pis-aller, s’ajoute enfin la figure classique de l’ourlet invisible (repli du jeans vers l’intérieur), qui peut offrir au moins deux interprétations : une moderne et une classique. La première sonne comme un écho à la pantoufle de vair au pied de Cendrillon – le vêtement n’aurait nécessité aucune modification, le corps qui s’y est glissé l’a épousé parfaitement, du premier coup.

Dans la seconde, le jeans est un pantalon avec un P majuscule, et une patate chaude dans la bouche. Il se plie à la tradition la plus élitiste, qui exige que la jambe d’un pantalon « casse » une fois sur le coup de pied. Il imite celui qui, sitôt acheté, a été directement confié à un atelier de retouches, où il a appris à bien se tenir, comme ses aïeux déjà longtemps avant lui.

Veste en denim, Uniqlo, 39,90 €.

Rayon chemises, même topo. La géopolitique du retourné de manche en jean, en fonction de la portion de bras dévoilé convoque Milan (deux tours impeccables), Manhattan (cinq, stakhanovistes), Memphis (six, comme un garrot) ou Saint-Germain-des-Prés (trois ou quatre tours ou un géant, exécutés nonchalamment, une clope, un verre ou un stylo-plume à la main). Sujet sensible et sérieux, qu’il soit fonctionnel ou codifié, le revers ne révèle ses mystères qu’à condition de se laisser dérouler.

Tee-shirt U, en coton, Uniqlo, 12,90 €. Jeans en denim, Etro, 590 €. Sabots Boston, en cuir, Birkenstock, 105 €.
Jeans multipoche en coton imprimé, Lourdes, 320 €. Sabots Boston, en cuir, Birkenstock, 105 €.
Tee-shirt en coton, Carhartt WIP, 39 €. Jeans en coton délavé, Y/Project, 515 €.
Jeans 501 Original, Levi’s, 109 €. Chaussettes Everyday Cushioned, en coton et polyester, 12 € les 3 paires, Nike.
Jeans Standard, en denim brut japonais, A.P.C., 170 €. Chaussettes en coton chiné, Uniqlo, 2,90 €. Sabots Boston, en cuir, Birkenstock, 105 €.