« Le risque de guerre civile, Eric Zemmour n’y répond pas, il le crée »

Tribune. Eric Zemmour n’est pas un produit de « politico-réalité » ni un amateur en politique que l’on pourrait sous-estimer. C’est un idéologue révolutionnaire, qui n’emprunte pas seulement aux années 1930 les thématiques religieuses, mais aussi les stratégies de conquête du pouvoir.

Les Français en ont assez. Ils ont soif d’un récit national et d’autorité. Ils veulent à nouveau pouvoir se rassembler. Par la face noire, Eric Zemmour y répond, s’engouffrant dans l’espace laissé ouvert par une classe politique qui ne croit plus à la force des idées. S’inspirant d’idéologies qu’il connaît bien, il offre une réponse unique à tous les problèmes : l’immigré, le musulman. Comme hier avec le juif, tout devient simple : il faut éliminer celui qui nous submergerait et nous pervertirait.

Diminuer de Gaulle et l’associer à Pétain

La stratégie politique est millimétrée. Aucune limite n’est posée à sa réalisation. Eric Zemmour aime et parle d’histoire et fait l’effort de la partager avec le plus grand nombre. Il contraste avec le mépris de classe d’une élite qui continue à penser que le peuple n’aspire qu’à s’abrutir devant les émissions de téléréalité. Ainsi laissé seul à manier le récit national, il en fait une arme de destruction massive.

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Pourquoi faire revivre le débat Pétain-de Gaulle, tranché par l’histoire ? Parce que Vichy est le mur infranchissable entre la droite et l’extrême droite. En ravivant la théorie, absolument fausse, du glaive et du bouclier, Eric Zemmour veut diminuer de Gaulle et l’associer à Pétain, bref fonder historiquement le rapprochement des deux droites.

La singularité Zemmour est qu’aucun interdit ne l’arrête. Même ses supporteurs les plus enfiévrés se demandent ce qu’il a été faire dans cette galère de l’exaltation d’un Pétain qui aurait sauvé des juifs. En distinguant entre les juifs français et les juifs étrangers, il cherche, d’une manière extrême, à briser le tabou de la préférence nationale.

Détermination effrayante

Il est prêt à en payer le prix de l’horreur et à sacrifier ce qui pour tout juif est intouchable : la douleur de la Shoah. Avec une détermination effrayante, il franchit les barrières de la vérité. Il sait bien que 24 000 juifs français ont été déportés. Il enjambe les frontières de la morale et foule au pied celles de l’humanité. Comment peut-il faire la différence entre les cris d’effroi que continuent à pousser pour l’éternité la petite Myriam, juive française, et la petite Rachel, venue de Pologne, toutes deux arrachées à leur famille, tondues, gazées ? Et personne ne dit rien.

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