Le roman qui transforme une stagiaire de l’Elysée en Mata Hari

L’écrivaine Gaël Tchakaloff au Festival du livre de Nice, le 17 septembre.

A en croire le dernier livre de Gaël Tchakaloff sur le couple Macron, Tant qu’on est tous les deux (Flammarion), une jeune femme « de nationalité étrangère », rebaptisée « Shéhérazade » par l’autrice, sèmerait la zizanie à l’Elysée. Une intrigante de 26 ans, sortie de nulle part, arrivée en tant que stagiaire à la cellule diplomatique du palais en octobre 2020, et qui aurait ensorcelé à coup d’« œillades de biche et manières de chatte » une poignée de conseillers, afin de mieux gravir les échelons.

Désormais chargée de mission au service communication, la jeune femme enchaîne les camomilles et ne se soucie déjà plus de ces lignes qu’elle juge « racistes et misogynes ».

Quelques semaines après son arrivée, la rumeur a commencé à enfler dans les couloirs. Pour attirer l’attention de l’entourage du président, la jeune femme ne reculerait devant rien : ses robes « s’ouvrent régulièrement sur un décolleté ou une cuisse », elle « ne marche pas dans les couloirs mais ondule, coule comme une eau sucrée ». Elle invite un conseiller de 65 ans à dîner aux chandelles, « passe ses mains dans le cou » d’un autre.

« Je veux découvrir avec toi l’art italien », aurait-elle glissé à un troisième, auquel elle proposait un week-end à Florence. Jet-setteuse, muse, elle « multiplierait les amants » et n’aurait pas les diplômes dont elle se prévaut. Son passé serait « vierge ». Interrogé sur un tel recrutement — la jeune femme est, depuis avril, chargée de mission au service communication, sous les ordres de Laurence Lasserre — l’Elysée botte en touche : « On ne commente pas un roman ».

Pas en mesure d’être toxique

C’est qu’en réalité, la Mata Hari du palais, qui ne boit que des tisanes, est moins romanesque. Cantonnée à un travail de bureau, elle n’est pas vraiment en mesure d’être toxique… Elle est née dans le 10e arrondissement de Paris. Ses parents, d’origine tunisienne, tiennent une boulangerie à Saint-Ouen, où elle donne parfois un coup de main.

Boursière, diplômée de l’ENS Rennes, agrégée d’économie en 2018 et diplômée de Sciences Po en 2020, elle a été recrutée en stage au pôle diplomatique par deux conseillers, Olivier Ray (conseiller affaires globales) et Alexandre Mirlesse (conseiller développement, qui a quitté l’Elysée). Prudent, et apprenant qu’elle fréquentait alors un jeune Syrien, Alexandre Mirlesse avait demandé aux services de renseignements « son criblage complet », ce que confirme un haut fonctionnaire, sans qu’on ne trouve rien de louche.

Gaël Tchakaloff rapporte que ceux qui ont soupçonné la stagiaire d’être un agent double au service de Ryad (elle fréquenterait « un émir du Golfe ») ont profité d’une absence de cette dernière pour ausculter son ordinateur. Ils y auraient découvert que « tous les conseillers de l’Elysée sont rangés par ordre alphabétique, date de naissance de chacun avec alarme pour fêter leur anniversaire, goûts, adresses personnelles, identité de leur conjoint et résidence secondaire ».

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