Le scénario à succès du rappeur Laylow

Le rappeur Laylow, en avril 2021, à Guadalajara, au Mexique.

L’Etrange Histoire de Mr. Anderson, de Laylow, est l’un des gros succès du rap français de l’été. Publié le 16 juillet, l’album a été certifié disque d’or en à peine vingt jours et continue, en cette fin de septembre, de figurer dans les dix meilleures ventes du top album hexagonal. Une performance étonnante pour un album de rap français atypique : écrit comme un scénario et accompagné d’un court-métrage, entrecoupé d’interludes écrits par le rappeur et joués par les comédiens Maïk Darah – la voix française de Whoopi Goldberg –, et Loïc Houdré, entendu notamment dans la série Game of Thrones.

Laylow, de son vrai nom Jérémy Larroux, 28 ans, s’y débat son avec son alter ego, Mr. Anderson, au cours de nuits où il erre de discothèque en épicerie de quartier, en passant sous les fenêtres d’une petite amie, ivre mort. Au matin, il doit se justifier auprès d’une mère intransigeante, le tout sur des musiques qui rappellent le gangsta rap funky des années 2000, façon Candy Shop, de 50 Cent, ou Snoop Dogg période Neptunes.

Curieusement, Laylow a donné peu d’interviews pour revenir sur la genèse de ce disque, qui invite quelques-unes des meilleures plumes du rap francophone : Nekfeu pour le génial Special, Damso pour le sombre et inquiétant R9R-Line, Alpha Wann pour le désinvolte Stuntmen, Hamza sur l’ego trip Window Shopper.

Films noirs des années 1990

« L’album disait déjà beaucoup sur moi, plaide-t-il pour motiver son absence dans les médias. Avec la musique, on ne peut pas expliquer les choses aussi clairement, mais si on tend une oreille, on peut comprendre comment je pense, comment je fonctionne, comment je me motive, par quelles étapes je suis passé. Au départ, je suis rentré dans le rap pour suivre les autres et, à la fin, j’essaie de créer mon propre univers. Il y a plein de petits détails qui expliquent le chemin de Laylow. »

Franco-ivoirien, né à Toulouse, le rappeur est élevé par des parents professeurs de lettres. Enfant, il les suit au gré de leurs affectations : la Côte d’Ivoire pour sa mère, puis la Tunisie pour son père. Quand il a finalement accepté de se laisser interviewer, Laylow a d’ailleurs choisi de s’installer dans la bibliothèque de son paternel, dans une commune de banlieue toulousaine où il a passé son adolescence.

« Mon père s’est rapproché de ses racines, résume l’artiste, et ma mère, un peu afrocentriste, veut redonner son savoir au peuple ivoirien. L’air de rien, mes parents ont pénétré ma tête, même quand je fais du rap. Ma mère est l’une de mes principales inspirations. Dans les années 1990, il n’y avait vraiment pas beaucoup de Noirs dans ma banlieue, à Toulouse. Elle est mon seul point d’africanité dans ma vie et elle a essayé de me transmettre ses valeurs, elle m’a fait aller en Côte d’Ivoire plusieurs fois. C’est dur quand tu es jeune, mais il fallait le faire. »

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