« Le silicium s’échange soudain comme un métal précieux »

A lui seul, le silicium compose 28 % de la croûte terrestre. Il est le deuxième élément le plus présent sur notre planète, derrière l’oxygène.

La Terre vaut de plus en plus cher. Il n’y a pas de matériau plus banal que le silicium que l’on foule à chaque pas sur nos plages. A lui seul, il compose 28 % de la croûte terrestre et est le deuxième élément le plus présent sur notre planète, derrière l’oxygène. Banal, mais précieux. Avec du silicium correctement raffiné, on peut produire des alliages pour la métallurgie et le verre, du silicone pour la médecine ou la cuisine. Il est aussi le composant de base des panneaux solaires et des puces électroniques.

L’agence Bloomberg annonçait, vendredi 1er octobre, que le cours dudit silicium flambait dans des proportions exceptionnelles. Son prix a crû de 300 % en deux mois. Voilà qui ne va pas arranger les affaires des industriels de l’aluminium ou de l’électronique et, par ricochet, ceux de l’automobile – gros consommateurs –, déjà confrontés à l’envolée du coût de l’acier. Celui de la cellule photovoltaïque polycristalline pour panneaux solaires a augmenté de 13 %, mercredi.

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Comment se fait-il qu’une matière première aussi abondante sur notre bonne vieille Terre s’échange soudain comme un métal précieux ? Pour les même raisons que les prix du gaz et de l’électricité explosent en Europe. Les regards se tournent à nouveau vers la Chine. Le pays produit les deux tiers du silicium consommé dans le monde, grâce à ses mines et usines situées dans l’ouest du pays.

Cortège de pénuries et d’inflation

Les autorités de la province du Yunnan ont, en effet, ordonné aux raffineurs de silicium de réduire de 90 % leur production, entre septembre et décembre, pour pallier le manque d’eau dans les barrages hydroélectriques et respecter les consignes en matière d’économie d’énergie. Même chose dans la province voisine du Sichuan.

Partout dans le pays, l’électricité est rationnée chez les industriels pour respecter les quotas de réduction de consommation de charbon et d’émission de gaz à effet de serre. Ces mesures poussent Pékin à accroître ses importations de gaz, ce qui pousse les prix mondiaux de l’énergie à la hausse.

Ce n’est plus un grain de sable, mais des pelletées entières qui sont jetées dans la machine économique mondiale. Le bond du prix des matières premières, et son cortège de pénuries et d’inflation, est lourd de menaces. Il commence à affecter un pouvoir d’achat miraculeusement préservé en Europe grâce à la générosité des gouvernements. En économie comme en climatologie, la planète n’est pas divisible, qu’on le veuille ou non.