Le smic augmentera de 35 euros brut le 1er octobre à la suite d’une accélération de l’inflation

Les personnes rémunérées au smic (salaire minimum interprofessionnel de croissance) toucheront près de 35 euros brut supplémentaires à compter du 1er octobre, grâce à la revalorisation mécanique du salaire minimum due à l’inflation. Une telle hausse en cours d’année liée à l’évolution des prix n’était pas survenue depuis dix ans. La dernière hausse automatique du smic due à l’inflation, en dehors de celle du 1er janvier, était de 2,1 % le 1er décembre 2011.

Actuellement de 1 554,58 euros brut par mois, le smic sera porté à environ 1 589 euros, le smic horaire brut devant passer de 10,25 à 10,48 euros, selon les calculs de l’Agence France-Presse (AFP). Le ministère du travail doit communiquer, dans la soirée mercredi 15 septembre, le chiffre exact après une réunion avec le groupe d’experts sur le smic.

Cette hausse est mécanique, car le code du travail (article L.3231-5) prévoit que, « lorsque l’indice national des prix à la consommation atteint un niveau correspondant à une hausse d’au moins 2 % par rapport à l’indice constaté » lors de l’établissement du smic « immédiatement antérieur », le salaire minimum est relevé « dans la même proportion » le mois suivant.

Une revalorisation plus faible au 1er janvier

Or les chiffres publiés mercredi par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) montrent que l’indice des prix à la consommation a progressé de 2,2 % par rapport à novembre 2020, mois de référence pour la dernière revalorisation. Comme chaque année, le smic avait été augmenté de 0,99 % au 1er janvier. L’année précédente, il avait été revalorisé de 1,2 %, selon la direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares), qui précisait que 2,25 millions de personnes, soit 13 % des salariés, touchaient le smic.

Avec la hausse du 1er octobre, et sauf forte accélération de l’inflation à l’automne, la prochaine revalorisation, au 1er janvier, devrait en revanche être plus faible puisqu’elle sera calculée sur la seule évolution des prix entre août et novembre.

L’Insee confirme par ailleurs une accélération de 1,9 % de l’inflation en août sur un an : « cette hausse de l’inflation résulte notamment du rebond des prix des produits manufacturés (+ 1,1 % après 1 %) », de ceux de l’énergie, de l’alimentation et des services.

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Chaque année, certaines organisations syndicales de salariés (comme la CGT, qui revendique un smic à 1 800 euros brut) demandent au gouvernement d’aller au-delà de la hausse automatique, mais le dernier « coup de pouce » (de 0,6 %, couplé à 1,4 % au titre de l’inflation de façon anticipée) remonte à juillet 2012, au lendemain de l’élection du socialiste François Hollande à la présidence de la République.

Les gouvernements qui ont suivi se sont abstenus de toute hausse exceptionnelle, jugeant que cela nuirait à l’emploi des moins qualifiés. Dans le détail, la hausse des prix de l’alimentation (+ 1,3 %), de l’énergie (+ 12,7 %) et des services (+ 0,7 %) s’est poursuivie en août. L’indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH), qui sert de base de comparaison au niveau européen, a, lui, augmenté de 2,4 % sur un an, après + 1,5 % en juillet. Sur un mois, il a progressé de 0,7 %, après + 0,1 % le mois précédent.

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Simple « rattrapage »

Alors que le sujet du pouvoir d’achat s’impose à sept mois de l’élection présidentielle, le gouvernement préfère pousser aux négociations de branche et presser les entreprises d’augmenter les bas salaires. La semaine dernière, le premier ministre, Jean Castex, a ainsi demandé l’ouverture de négociations dans de nouvelles branches, dont celle de l’hôtellerie-restauration et des industries agro-alimentaire.

De telles discussions ont déjà été engagées dans plusieurs branches, avec des accords conclus par exemple dans le commerce de détail (hausse des salaires de 1,5 % à 2 % selon les niveaux de qualification). Pour les organisations syndicales de salariés, cette hausse automatique du smic est insuffisante. Pour la CFDT, les travailleurs de « deuxième ligne », particulièrement exposés lors de la crise sanitaire, « méritent mieux qu’une hausse de 2,2 % du smic ». Les employeurs, « à travers les négociations de branche, ont les cartes en main », estime la confédération syndicale dans un communiqué, notant que « certains ne jouent pas le jeu ». Et le gouvernement « peut intervenir pour éviter les propositions indécentes (…) en conditionnant le versement des aides publiques à un dialogue social de qualité ».

Yves Veyrier (Force ouvrière) a souligné, de son côté, sur Twitter que l’augmentation automatique « n’était que le rattrapage de l’inflation », revendiquant « un plan immédiat de revalorisation d’ensemble des emplois confinés aux bas salaires, à temps partiel et trop souvent en contrats précaires », dont font partie notamment les travailleurs de « deuxième ligne ».

La CFTC a salué une « bonne nouvelle pour les travailleurs » tout en assurant qu’elle continuerait de « militer » pour une augmentation.

Le Monde avec AFP