Le soleil de Grèce brille sur le festival d’Avignon

« Lamenta », de Rosalba Guerrero et Koen Augustijnen, 2021.

Enfin ! Depuis le 15 mai, après sept mois de confinement, la Grèce retrouve sa vie estivale, ses touristes. Les consignes sont strictes et respectées. A Athènes, la vigilance est de mise dans les restaurants, dont les serveurs sortent parfois un mètre ruban pour mesurer l’espace entre les tables. Si la foule ne tangue pas encore sur l’Acropole, elle défilait dans le centre, mercredi 16 juin, journée de grève générale pour protester contre une nouvelle mesure du gouvernement visant à augmenter le temps de travail. Athènes est là, chaotique, tiraillée. Vue d’en haut, la beauté d’un immense tapis urbain blanc craquelé d’éclats brillants. Au ras du sol, un gruyère, ruines à droite, champs de fouilles à gauche, maisons à l’abandon, colonnes et graffitis pour des histoires à ciel ouvert.

Programmés avec leur spectacle Lamenta à Peiraios 260, impressionnante friche industrielle située à vingt minutes du centre en allant vers le port du Pirée, les chorégraphes Koen Augustijnen et Rosalba Torres Guerrero s’inquiètent. La seconde représentation de la pièce inspirée par des musiques de l’Epire, région située dans le nord de la Grèce, et interprétée par des danseurs contemporains grecs aura-t-elle lieu ? Une danseuse s’est blessée lors de la première, le 15 juin. « Ils étaient neuf en scène à l’origine, puis huit hier soir et maintenant sept, résume, un brin soucieuse, Rosalba Torres Guerrero. Ce confinement très long a énormément fragilisé les artistes. »

Lancé en 2018, Lamenta s’est tissé au gré de séjours de Koen Augustijnen en Epire. « J’ai assisté à de nombreuses fêtes, passant d’une soirée à l’autre, d’un village à l’autre, en vivant ces marathons qui durent toute la nuit, se souvient-il. J’y ai découvert les miroloïs, ces lamentations chantées pour les morts mais aussi pour les exils, les adieux, les mariages et les séparations. C’est à partir de ces musiques que nous avons commencé à élaborer le spectacle. »

En complicité avec la musicienne Xanthoula Dakovanou, directrice du Kerasovo Festival, et son mari, Taxiarchis Vasilakos, présent sur scène, une série de musiques a été enregistrée en février 2020. Elle sert de fil dramaturgique à la pièce. « Les sons viennent d’Epire, mais les danses traditionnelles dont nous nous sommes inspirés sont originaires de différentes régions de Grèce, poursuit Rosalba Torres Guerrero. Elles ont été proposées par les interprètes. Elles sont très enracinées, avec les pieds qui tapent le sol pendant que les mains frappent la poitrine. Elles sont terrestres et célestes. »

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