Le spectre d’un ralentissement de la Chine pèse sur l’économie mondiale

Xi Jinping s’exprime lors de la cérémonie d’ouverture de la China International Import Expo (CIIE), à Shanghaï, le 4 novembre 2021.

Quand la locomotive chinoise s’arrête, c’est toute l’Asie, voire toute l’économie mondiale, qui ralentit. Au troisième trimestre, la croissance de la deuxième puissance économique mondiale s’est tassée à 4,9 % sur un an, et plusieurs indicateurs se sont détériorés en octobre, suggérant que le ralentissement devrait se poursuivre. « Le niveau d’activité n’avait pas été aussi faible depuis la fin des années 1990, alerte Nicholas Spiro, gérant associé du cabinet de conseil Lauressa Advisory, situé à Londres. C’est un choc pour l’économie mondiale, qui passe inaperçu à côté d’autres préoccupations du moment comme la pandémie de Covid-19 ou l’inflation. »

Un « choc » d’autant plus inquiétant qu’il n’est pas seulement lié aux perturbations post-Covid (hausse des matières premières, pénuries…). « La faiblesse de la demande intérieure est un facteur bien plus important du ralentissement de l’industrie chinoise », estime le cabinet Oxford Economics dans une note publiée fin octobre.

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Les causes du ralentissement actuel sont profondes. En redonnant la priorité au désendettement il y a un an, Pékin a freiné les investissements des collectivités locales et durcit les conditions d’octroi de crédits par les banques. Le secteur de l’immobilier, qui contribue indirectement à hauteur de 30 % du produit intérieur brut (PIB) du pays, est en pleine crise, comme l’illustrent les déboires du promoteur Evergrande, affecté par une dette d’environ 260 milliards d’euros.

« Baisse de la productivité et vieillissement de la population »

« Sur le très long terme, la Chine pâtit d’une baisse de la productivité et du vieillissement de la population », ajoute Alicia Garcia Herrero, économiste en chef de la banque Natixis en Asie-Pacifique. Le Fonds monétaire international (FMI) a abaissé sa prévision de croissance à 8 % au lieu de 8,1 % pour 2022, tandis que Pékin table sur une hausse de 6 % du PIB. Geoffrey Okamoto, le directeur général adjoint du FMI en tire ce constat, teinté de pessimisme, dans une récente note de blog : « la nouvelle, qui n’est pas si bonne, c’est que la dynamique est en train de faiblir » en Chine.

« Le monde s’est tellement habitué à ce rythme élevé qu’il en a oublié les bénéfices qu’il en retirait », Nicholas Spiro, gérant associé du cabinet de conseil Lauressa Advisory

De fait, cette dynamique a alimenté la croissance mondiale pendant des décennies. « Le monde s’est tellement habitué à ce rythme élevé qu’il en a oublié les bénéfices qu’il en retirait », estime M. Spiro. Selon les chiffres compilés par la banque HSBC et du fournisseur de données CEIC, une hausse d’un point de pourcentage du PIB en Chine se traduit par un gain de 0,7 point en Corée du Sud, alors que la même augmentation en Europe a un impact positif de seulement 0,05 point. Les autres grands bénéficiaires sont la Thaïlande et Taïwan, selon les calculs de HSBC.

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