Le tennis professionnel rattrapé par ses excès

Editorial du « Monde ». Pour les amateurs de sport, le forfait d’un athlète laisse toujours un goût amer et une profonde frustration. Concernant le retrait de la Japonaise Naomi Osaka du tournoi 2021 de Roland-Garros, lundi 31 mai, ce double sentiment est d’autant plus fort qu’une meilleure communication entre les organisateurs de la compétition et la tenniswoman aurait pu éviter le psychodrame qui a entaché la première semaine de l’Open de France.

La polémique est partie du refus de la deuxième joueuse mondiale, victorieuse lors des deux derniers tournois du Grand Chelem, de se prêter à l’exercice des conférences de presse d’après-match durant tout Roland-Garros. La pratique peut être vécue comme contraignante par les joueurs, mais elle fait partie d’un système qui profite à l’ensemble du tennis professionnel. La conférence de presse permet d’augmenter l’exposition médiatique des athlètes et du tournoi. Plus elle est importante, plus les droits de retransmission et les contrats de sponsoring sont élevés, mieux sont payés les joueurs.

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C’est sur les réseaux sociaux que Naomi Osaka a annoncé sa décision de boycotter la presse, sans en informer au préalable les organisateurs de l’Open de France. Après une victoire lors du premier tour de la compétition, la championne d’origine nippo-haïtienne a respecté la ligne de conduite qu’elle s’était fixée, ce qui lui a valu une amende de 15 000 dollars (12 300 euros). Face à la menace d’être exclue des quatre tournois du Grand Chelem en cas de récidive, elle a préféré jeter l’éponge, affirmant que, dépressive, elle souhaitait protéger sa santé mentale.

L’argument est tout à fait recevable. La manière de procéder moins compréhensible. Les organisateurs, en tant qu’anciens tennismen pour la plupart, connaissent les besoins des joueurs et n’ont appris ses difficultés qu’au moment de l’annonce de son abandon. Si Osaka avait su se confier en amont, des solutions pour l’accompagner auraient pu être trouvées.

Pression médiatique

La joueuse explique qu’elle se contente du lien direct qu’elle entretient avec ses fans sur les réseaux sociaux et que la pression médiatique la fait douter de son jeu. Certes, les questions posées en conférence de presse ne sont pas toujours des plus pertinentes, mais l’exercice fait partie du jeu. S’en extraire alors que tous les joueurs s’y prêtent ne serait pas équitable.

Cette polémique soulève néanmoins un débat légitime sur le rythme du circuit professionnel. Les athlètes jouent sans doute trop, et les sollicitations dont ils font l’objet sont certainement excessives. Mais il s’agit de contreparties acceptées en échange d’une confortable rétribution.

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Si Osaka est l’athlète féminine la mieux payée au monde, avec 55 millions de dollars gagnés en 2020, principalement grâce à des accords de sponsoring, c’est avant tout parce qu’elle accepte de jouer beaucoup et qu’elle bénéficie d’une forte exposition médiatique. Il est difficile de refuser d’assumer les inconvénients du système sans renoncer à ses avantages.

Les organisateurs des tournois du Grand Chelem ont promis de « travailler » pour « apporter des améliorations significatives » à l’environnement des joueurs. Mais ne faut-il pas aller plus loin, en questionnant cette course sans fin à l’argent ? Les uns et les autres y sont-ils prêts ?

Le Monde