Le tour du monde parisien d’Henri Cartier-Bresson en deux expositions

« Quai Saint-Bernard, Paris » (1932), d’Henri Cartier-Bresson. Epreuve gélatino-argentique de 2002.

Henri Cartier-Bresson (1908-2004) n’a pas fait de la ville de Paris une source d’inspiration, contrairement à d’autres photographes, tels Robert Doisneau (1912-1994) ou Brassaï (1899-1984) qui, fascinés, lui ont consacré des livres entiers. « La capitale n’a jamais été pour lui un sujet, plutôt un décor », estime Anne de Mondenard, conservatrice pour la photographie au Musée Carnavalet.

Pourtant, c’est à Paris que le maître des « images à la sauvette » est toujours revenu, entre deux voyages à travers le monde. C’est là qu’il aimait à flâner, nez au vent et appareil au cou, hors des commandes de la presse. Là aussi qu’il a signé certaines de ses photos les plus frappantes, comme Derrière la gare Saint-Lazare (1932), image miraculeuse où il a immortalisé l’instant précis où un homme saute par-dessus son propre reflet dans l’eau.

Autant de raisons pour qu’Agnès Sire et Anne de Mondenard, respectivement de la Fondation Cartier-Bresson et du Musée Carnavalet, unissent leurs efforts et leurs collections pour explorer le travail du photographe sous cet angle. L’exposition intitulée « Henri Cartier-Bresson. Revoir Paris », qui montre 160 tirages, riche en documents et en inédits, installée dans le Musée Carnavalet superbement rénové, dresse finalement, à travers ce prisme parisien, un portrait en creux du photographe : un artiste en constante recherche de formes et d’illuminations visuelles, un témoin sensible aux échos de son temps, mais, surtout, un solitaire toujours un peu en retrait.

Goût de la géométrie

A la fois thématique et chronologique, le parcours éclaire en particulier les débuts de Cartier-Bresson, alors qu’il se cherche et quête l’inspiration du côté du photographe Eugène Atget (1857-1927) – qui jouit d’une exposition parallèle, « Voir Paris », à la Fondation Cartier-Bresson jusqu’au 19 septembre – et des surréalistes.

Dans ses carnets, avant de mettre la main sur son fameux Leica, le photographe explore les recoins de l’imaginaire et s’essaie à un autoportrait déformé. Il s’arrête aussi sur les vitrines des magasins, fasciné par la perturbante présence des mannequins sans tête. Dès les années 1930, plus que les événements, Cartier-Bresson aime leurs à-côtés : pour les obsèques d’Aristide Briand en mars 1932, il photographie les gendarmes derrière la tribune dressée pour l’occasion et non la cérémonie elle-même. Son goût de la géométrie, qu’il a cultivé auprès du peintre André Lhote (1885-1962), éclate dans sa photographie du quai Saint-Bernard, où les lignes du pont font brillamment écho aux silhouettes humaines.

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