Le tourisme français lance son opération de « reconquête »

Vue de l’Ecole militaire et de la tour Eiffel, à Paris, le 27 octobre 2021.

Quarante minutes de discours du président de la République, Emmanuel Macron, pour fixer un cap ; un après-midi à l’hôtel de la Marine afin de remettre du vent dans les voiles : l’industrie du tourisme, tout juste sortie de l’écueil de la crise sanitaire, a obtenu la confirmation, jeudi 4 novembre, d’une forme de retour en grâce politique. Son poids dans l’économie française – 7,4 % du produit intérieur brut, deux millions d’emplois directs et indirects – est apparu en pleine lumière depuis le début de la pandémie de Covid-19, mais la filière s’est longtemps sentie négligée, sans ministre de plein exercice pour la représenter ni stratégie lisible pour la faire croître.

Si les milliards d’euros d’aides déversés au cours des dix-huit derniers mois l’ont consolée, la réception à l’Elysée la gonfle d’orgueil et l’annonce d’un futur « plan de reconquête du tourisme », qui sera dévoilé à la mi-novembre, la conforte, quand bien même de nombreuses voix dénoncent l’ordre des priorités et l’impréparation présumée du sommet Destination France comme du plan gouvernemental.

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Les comparaisons abondent avec le « moment Fabius », lorsque le ministre des affaires étrangères de François Hollande s’était passionné pour le secteur, fixant un objectif de 100 millions de visiteurs internationaux annuels (le compteur s’est arrêté à près de 90 millions en 2019). « C’était la première fois depuis trente ans qu’un ténor de la politique s’occupait du tourisme », rappelle Dominique Marcel, président de la Compagnie des Alpes et de l’Alliance France tourisme, que composent les poids lourds du tourisme tricolore. « Le moment que nous vivons est une nouvelle occasion : les pouvoirs publics et les citoyens ont pris conscience que le tourisme était un enjeu essentiel pour notre économie et notre pays », ajoute-t-il.

Essentiel, mais de plus en plus friable, malgré des fondamentaux intangibles. La France ne manque jamais une occasion de se revendiquer première destination touristique mondiale, passant sous silence le fait qu’elle est nettement devancée par les Etats-Unis, et plus récemment par l’Espagne, pour ce qui est des recettes touristiques étrangères.

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Ces dernières années, elle a cédé des parts de marché au profit de destinations en plein essor (Asie du Sud-Est, Dubaï, côtes dalmates ou turques), tandis que de plus en plus de Français ont passé leurs vacances et leurs week-ends à l’étranger, attirés par les vols à bas prix et une offre jugée plus concurrentielle et exotique. La centralité des aéroports parisiens et la position géographique de l’Hexagone, sur la route entre l’Europe du Nord et l’Espagne, pilier européen du tourisme de masse, gonflent artificiellement ses chiffres de fréquentation.

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