« Le Traducteur » : un thriller politique dans la Syrie de Bachar Al-Assad

Sami (Ziad Bakri), dans « Le Traducteur », de Rana Kazkaz et Anas Khalaf.

L’AVIS DU « MONDE » – À VOIR

On doit au Traducteur de traiter d’une réalité qu’aucun film de fiction ne s’était encore chargé d’évoquer, soit la violence exercée par le régime de Bachar Al-Assad sur la population syrienne au moment où frémissent les premiers feux de la révolution, en 2011. Pour ce faire, les cinéastes Rana Kazkaz et Anas Khalaf ont opté pour le thriller politique, qui se referme comme un étau autour de Sami, un traducteur qui, alors qu’il officiait pour l’équipe olympique syrienne à Sydney, en 2000, commet un lapsus à propos de la récente mort du président Hafez Al-Assad. La bourde le contraint à rester en Australie, sous le statut de réfugié politique.

Les deux réalisateurs ont la belle idée de bâtir leur récit, inspiré de faits et de personnages réels, autour d’une figure caméléon, habituée à s’effacer derrière les mots des autres et qui, happée par les secousses de l’histoire récente, va devoir sortir de sa réserve. Quittant sa paisible vie australienne, Sami retourne en Syrie à la recherche de son frère, activiste politique arrêté par le régime d’Assad lors d’une manifestation pacifique. Le voyage sera l’occasion d’un examen de conscience qui le plonge au milieu des siens restés sur place.

Un réalisme cru

Entre dissidence et résignation, Le Traducteur capte sans jugement toutes les attitudes possibles face à l’oppression gouvernementale, et choisit d’observer comment les bouleversements politiques successifs agissent sur la sphère intime et atomisent les familles.

Loin de se cantonner à un traitement purement intimiste, la mise en scène est d’un réalisme cru quant au traitement des exactions du régime syrien, documentant également la manière dont les manifestants ont fait usage des nouvelles technologies et se sont heurtés à l’indifférence de la communauté internationale. Le Traducteur trouve un juste équilibre entre une approche vériste et les exigences du thriller, jusqu’à sa conclusion légèrement artificielle, soumise à l’exigence de faire retomber le scénario sur ses pattes.

Film franco-syrien de Rana Kazkaz et Anas Khalaf. Avec Ziad Bakri, Yumna Marwan, David Field (1 h 45).