Le travail post-Covid : dans l’entreprise comme à la maison

Le très ergonomique fauteuil à roulettes n’est plus l’apanage du monde du travail depuis que les gamers l’ont adopté. Photo issue de la série « Office », de Lars Tunbjörk.

A la rentrée, on va changer la déco. Si, dans la vraie vie, le minimalisme a pu être le fin du fin (rien de plus chic que de montrer qu’on a trop de place), à l’ère de la visio, il importe de montrer qu’on a quelque chose derrière soi au bureau. Au premier confinement, on avait appris à ajouter des livres — beaucoup. Depuis le printemps, le recours au fond d’écran s’est uniformisé, des visios mettent parfois en contact des gens qui ont choisi le même (le modèle blanc dans son cadre noir chic et sobre, ou le grand open space vitré pour ceux qui trouvent leur espace de travail trop petit).

Comme certaines directions ont compris qu’on pouvait faire la promo de son entreprise à distance, le troisième confinement a vu l’explosion d’arrière-plans aux couleurs criardes avec nom de l’entreprise incrusté. Cela donne au cadre de chez Athos des airs de Monsieur Sylvestre, de la World Company, comme le moquait « Les Guignols de l’info ». Pour la rentrée, on cogite sur la façon de communiquer avec de véritables arrière-plans. « On devrait voir, par exemple, une forêt de maquettes derrière nous », avance l’architecte Jean-Michel Wilmotte. Nos bureaux vont ressembler aux murs de sponsors des sportifs lors de leurs conférences de presse.

Fonte des stalagmites de dossiers

A la rentrée, l’usage du faux fond pour des discussions internes sera surtout interprété comme un aveu d’absence du bureau. Il arrivera que des gens portent un masque devant un fond d’écran pour faire croire qu’ils sont sur site. Le nec plus ultra consistera à montrer une porte de placard ouverte, ou les carrés gris du faux plafond. N’importe quel détail qui affirme que « moi, je ne suis pas à Noirmoutier ».

« Le Covid a été un énorme accélérateur de la réduction des espaces de rangement. » Karin Gintz, directrice des ventes Vitra

Les stalagmites de dossiers sur les bureaux, elles, continueront à fondre. Dès 1975, dans un numéro de Business Week consacré à l’espace de travail du futur, des experts imaginaient la disparition du papier. On s’était habitué à ce que cela ne se produise pas : dès qu’une entreprise s’aventurait vers le « zéro papier », on savait que les dossiers étaient planqués dans les armoires, les casiers, voire les coffres de voiture.

Cette fois, ça y est. On a réduit la circulation des documents à l’époque où l’on croyait le Covid-19 essentiellement manuporté. Le dossier suspendu qui, à partir des années 1980, révolutionna la vie de bureau, pourrait disparaître, et avec lui son réglet plastique à étiquette impossible à enfiler. « Le Covid a été un énorme accélérateur de la réduction des espaces de rangement », reconnaît Karin Gintz, directrice des ventes Vitra. La spécialiste du meuble de bureau prédit un retour du casier, où l’on laisse ses affaires le soir.

Il vous reste 54.81% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.