Le travail post-Covid : où est passé le bureau du patron ?

Série « Office »,  Lars Tunbjork / Agence VU

A la rentrée, le bureau du patron sera vide. Covid-19 et télétravail auront peut-être fini par le supprimer. Dans le monde d’avant, on montait dans la hiérarchie en même temps que dans les étages. Le bureau du boss était tout en haut, doté d’une vue panoramique. On montait dans l’ascenseur en frémissant d’espoir ou d’angoisse. Quand on reviendra, peut-être que l’étage tout entier aura été transformé en salles de réunion. Il n’y aura personne. Les salariés ne sauront peut-être même pas où se trouve la direction.

« Le bureau de président à quatre portes et cerbères pour arriver jusqu’à lui est en train de disparaître. » Jean-Michel Wilmotte, architecte

Avant la crise due au Covid-19, déjà, on sentait que ça ne se faisait plus trop, le bon vieux bureau du patron. Déjà un peu passé de mode. Essayer d’impressionner son interlocuteur avec le mobilier le plus imposant possible, ça ressemblait un peu à poser en photo devant sa voiture sur un site de rencontres : une faute de goût.

Cubed (Doubleday, 2014, non traduit), merveilleux ouvrage de l’Américain Nikil Saval consacré à l’histoire du bureau, raconte très bien comment ce lieu où chacun trouve naturel de passer ses journées est devenu un distributeur de statut social depuis le début du XIXe siècle : plus les emplois des cols blancs et les organigrammes se sont étoffés, plus il a fallu trouver des signes extérieurs d’identification de niveaux hiérarchiques pour des salariés habillés à peu près pareil et donc physiquement interchangeables. En France, des entreprises comme la Française des jeux disposaient encore récemment de grilles recensant le nombre de mètres carrés, fenêtres et tailles de bureau des salariés de l’entreprise.

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Le minimalisme s’impose

Chez Sotheby’s, Florent Jeanniard, vice-président France, directeur du département design du XXe siècle, évoque le bureau de trois mètres de long mis à disposition du préfet du Val-d’Oise, à Cergy, et dessiné par Joseph-André Motte au début des années 1960. « Plus personne ne créerait de meuble de cette taille-là ! » De même que le minimalisme s’est imposé en déco dès que chacun a pu remplir son appartement de meubles made in China, le hot desking (flex office, en français) est en passe de devenir le dernier chic du management.

« Il y a vingt ans, on a commencé à entendre : “Ne me mettez pas au dernier étage” », se souvient Vincent Dubois, directeur général de l’agence Archimage. Cela semblait un poil incongru. Les great leaders donnent l’exemple et se passent désormais de bureau : c’est le meilleur moyen de prêcher le gospel de l’entreprise libérée, du management agile.

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