Le Velvet Underground vu par Todd Haynes

Le réalisateur Todd Haynes, à l’Hôtel Barrière Le Majestic, à Cannes (Alpes-Maritimes) le 9 juillet 2021.

Au temps où il était lycéen, à Los Angeles dans les années 1970, Todd Haynes a eu la chance d’avoir une professeure d’anglais qui profitait d’un cours sur l’autobiographie pour projeter des films d’avant-garde à ses élèves, entre autres ceux réalisés par Stan Brakhage. Un demi-siècle plus tard, à Cannes, où il est venu présenter The Velvet Underground, son premier documentaire, programmé sur Apple TV+ depuis le 15 octobre, le réalisateur de Carol (2015) remercie cette enseignante qui l’a exposé « aux formes poétiques, non narratives » du cinéma. Haynes a beau être un scénariste extraordinaire (il suffit de voir Safe, son deuxième long-métrage sorti en 1995, qui révéla Julianne Moore, s’il fallait s’en convaincre), il est aussi doué d’une audace formelle que l’on peut faire remonter à cette rencontre avec le cinéma expérimental américain.

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C’est dans la mémoire de ces formes libres, celles de Jonas Mekas, d’Andy Warhol, de Jack Smith ou de Kenneth Anger, que s’épanouit le souvenir du Velvet Underground tel que le célèbre Todd Haynes. En 2017, alors que l’artiste Laurie Anderson s’apprêtait à remettre les archives de Lou Reed, son compagnon mort en 2013, à la New York Public Library, Christine Vachon, la productrice de Todd Haynes a reçu un appel : « David Blackman, qui dirige le département cinéma et vidéo d’Universal Music Group, lui a dit qu’il pensait qu’il était temps de faire quelque chose autour du Velvet Underground, se souvient Todd Haynes, et que, dans les discussions avec Laurie Anderson, mon nom avait été mentionné. Christine lui a dit qu’elle vérifierait auprès de moi, mais que, oui, a priori, je serais intéressé. J’étais tout à fait intéressé. »

Cinéma et art contemporain

Le groupe fondé en 1964 par un musicien contemporain gallois exilé, John Cale, et un poète et rockeur new-yorkais asocial et toxicomane, Lou Reed, a vivoté pendant une petite décennie, sortant une poignée de disques qui se vendirent peu, peinant à remplir de petits clubs new-yorkais pendant que leurs contemporains déplaçaient des foules immenses sur des champs de boue. Ce qui n’empêche pas le Velvet Underground d’avoir exercé une influence comparable seulement à celle que les Beatles, James Brown, Bob Marley ou Bob Dylan ont eue sur la musique populaire.

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L’histoire du Velvet ne s’arrête pas à la musique. Le compagnonnage du groupe avec le plasticien et homme d’affaires Andy Warhol l’a emmené sur les territoires du cinéma et de l’art contemporain – avant d’enregistrer son premier album, le groupe participa à une performance-installation dirigée par Warhol, « Exploding Plastic Inevitable ».

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