Le vin à la reconquête de l’Ouest

Selon des données cadastrales remontant à 1848, la région comptait encore à l’époque quelque 800 hectares de vignes. Au début du XXe siècle, le phylloxéra a eu ­raison de la vigne bretonne.

Premier indice : la vigne descend en pente douce dominant une large vallée qui abrite rivière et îlots puis, à quelques kilomètres, la mer. Une vue époustouflante. Deuxième indice : quelques pieds de chenin, encore bébés, tentent de se faire une place au milieu de hautes tiges ornées de grappes de petites fleurs blanches, Fagopyrum esculentum, qui les protègent des fortes chaleurs. Son nom commun est sarrasin (là, ça devient facile). Troisième indice : sur cette île, le projet viticole, en biodynamie, se conjuguera avec maraîchage, élevage de vaches et de brebis, et cidrerie…

Nous sommes sur les rives de la vallée de la Rance, qui se jette dans la Manche entre Dinard et Saint-Malo (Ille-et-Vilaine), à Saint-Jouan-des-Guérets. Là, Edouard Cazals, 31 ans, et sa compagne, Pauline von Kunssberg, se sont lancés dans la viticulture, avec 2 hectares plantés en 2019. Les jeunes chenins, eux, appartiennent à Catherine Bourdon, sur la presqu’île de Quiberon (Morbihan) : 1 800 pieds sur 2 500 mètres carrés, plantés aussi en 2019. Enfin, le projet vin-cidre-élevage-maraîchage se développe sous la conduite de Mathieu Le Saux et Noémie Vallélian, à la Ferme de Port Coustic, sur l’île de Groix (Morbihan).

« Bevet gwin vreizh »

En témoignent ces trois projets, le vignoble breton est en plein essor. Selon l’Association pour la reconnaissance des vins bretons (ARVB) – à l’origine le R signifiait « renaissance », mot remplacé par « reconnaissance » –, qui porte aussi le joli nom de Bevet gwin vreizh (« Vive le vin de Bretagne »), une quinzaine de projets seraient déjà bien avancés. Dix vignes associatives seraient déjà en exploitation, plus trois en projet, ainsi que vingt-cinq vignes privées. Cette association est née en 2005, à la suite de la parution de l’ouvrage Le Vin des Bretons (Editions Le Télégramme, 2004), de Gérard Alle, qui préside l’ARVB.

« Avec ces cépages plus résistants, on sera mieux adapté au changement climatique et au climat breton. J’aurai moins à traiter qu’avec du chardonnay ou du pinot. » Aurélien Berthou, ingénieur agronome

« C’est vers 2006 que la première vigne associative est plantée, à côté de Quimper [Finistère], le Coteau du Braden, avec les cépages chardonnay, pinots noir et gris, qui produit un excellent blanc », raconte Aurélien Berthou, ingénieur agronome, spécialisé en viticulture et œnologie, formé à Montpellier. Le trentenaire conseille certains projets viticoles et a créé son entreprise, ŒnoSkol, début 2020, pour former à l’œnologie et à la dégustation particuliers et professionnels.

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