L’éblouissant « A Bigger Splash », film culte sur David Hockney, ressort en salle

Le peintre David Hockney filmé par Jack Hazan pour « A Bigger Splash », sorti en 1973.

Jack Hazan ne se posait pas de question, lorsqu’il filmait au jour le jour le Britannique David Hockney, de 1971 à 1973. Il lançait la conversation, puis faisait tourner la caméra, captant ce que lui offrait l’artiste alors trentenaire, entouré de sa bande, dans le Swinging London, et de son ex-amoureux Peter Schlesinger, égérie de ses toiles californiennes, dont la plus célèbre s’intitule Portrait of an Artist (Pool with Two Figures) (1972). Regard perdu dans l’eau bleutée d’une piscine de rêve, un homme vêtu d’une veste rose contemple un nageur en brasse coulée…

L’étrangeté de ce tableau irrigue la dramaturgie de l’éblouissant A Bigger Splash (1973), titre qui fait écho à une autre toile emblématique, du même nom, peinte en 1967. Présenté à la Semaine de la critique, à Cannes, en 1974, le film reçut le Léopard d’argent la même année au Festival de Locarno. Il ressort en salle le 6 octobre, restauré, avant la prochaine édition d’un coffret DVD collector par les Films du camélia, le 27 octobre – parmi les bonus, on trouvera une analyse du film par Bertrand Bonello. Né en 1937, toujours en activité, David Hockney présentera par ailleurs ses dernières œuvres réalisées pendant le confinement, lors d’une exposition au Musée de l’Orangerie, à Paris (du 13 octobre 2021 au 14 février 2022).

Saynètes collées

La beauté de Peter Schlesinger, œil de biche cerné de khôl bleu, aimante tout le film. Assis sur un tabouret, il offre son dos à Hockney, qui travaille au pinceau ses boucles châtain. Un matin, le jeune éphèbe quitte l’appartement et descend l’escalier lors d’un plan de cinéma miraculeux : la caméra fixe le cuir irisé des chaussures, puis le visage déterminé, enfin le corps tout entier enfourchant un vélo d’un mouvement aérien, telle une plume se posant à la surface de l’eau… Au même moment, Hockney, les sourcils froncés derrière ses lunettes cerclées, semble agité par quelque noire pensée.

Notes de piano et cordes répétitives font monter la tension de ce qui s’apparente à une panne de création, tandis que le film s’attarde sur l’objet du désir (et du manque) de Hockney

Le film est ainsi construit de saynètes évocatrices collées les unes aux autres, s’affranchissant parfois de tout raccord vestimentaire. L’homme au débardeur rouge dans la rue porte une chemise bleue le plan suivant, comme si, entre-temps, Hockney le peintre avait fait une retouche couleur.

A Bigger Splash délaisse la narration classique et choisit ses motifs, ses totems. Comme ces bouquets de fleurs que l’on retrouve à plusieurs reprises dans les mains des personnages, et jusque dans les dessins de la styliste et amie de Hockney, Celia Birtwell, la mode étant au Flower Power. On passe ainsi d’un appartement à un autre, d’un téléphone beige à un noir, découvrant le quotidien des proches, le défilé de mode du créateur Ossie Clark, l’impatience du galeriste John Kasmin réclamant à Hockney de nouvelles toiles… Notes de piano et cordes répétitives font monter la tension de ce qui s’apparente à une panne de création, tandis que le film s’attarde sur l’objet du désir (et du manque) de Hockney, immortalisé dans Portrait of an Artist.

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