« L’échappée belle », une sélection de tirages mis en vente par Magnum Photos

Publié aujourd’hui à 15h12, mis à jour à 15h16

Après une longue et pénible période d’immobilité forcée, il est temps de songer à nouveau à sortir de chez soi. Pour fêter ces retrouvailles avec le mouvement ou l’errance, l’agence Magnum Photos a exhumé de ses archives des photographies qui sont des invitations au voyage.

A travers ces images, c’est l’aventure de l’instant qui est jouée sous nos yeux. Escapades urbaines, promenades intimes, explorations dans les confins du monde… Ces grands photographes (Henri Cartier-Bresson, Elliott Erwitt, Christopher Anderson, Alessandra Sanguinetti…), qui sont aussi de grands marcheurs, questionnent le proche et le lointain.

Si l’ont peut trouver parfois une dimension exotique dans leurs images — rêve d’évasion romantique, elles peuvent aussi se contenter de décrire la vie immédiate. Comme dans cette photographie thermique prise par Antoine d’Agata dans un métro parisien : il réussit à transformer un banal passant en un personnage venu d’ailleurs.

« Je n’ai jamais été intéressé par la photographie. Lors de ma dernière année de lycée, en 1999, ma mère est tombée malade. Je me retrouvais enfermée dans ma chambre et parfois battue pour des raisons que je ne comprenais pas. Comme j’étais la seule autre personne à la maison, je ne pouvais pas non plus sortir. A cette époque, j’avais l’impression d’avoir tout perdu. Ma mère a été diagnostiquée schizophrène et, après son hospitalisation, un photographe extrêmement gentil m’a emmené avec lui lors de son voyage à la montagne et m’a appris les bases de l’utilisation d’un appareil photo. Je faisais des photos de couchers et de levers de soleil, de montagnes et du grand ciel bleu, des photos que je serais bien embarrassé de regarder aujourd’hui. Mais cela me distrayait de tout ce qui s’était passé à la maison. Plus tard, lorsque je suis allée chercher mes tirages, la personne derrière le comptoir m’a prise à part et m’a dit qu’elle trouvait les photos très belles. Pour la première fois depuis longtemps, j’ai eu l’impression de valoir quelque chose : non pas parce qu’il avait trouvé mes photos magnifiques, mais parce qu’un parfait inconnu s’était senti touché par moi. Pendant un instant, j’ai eu l’impression d’exister. »

Sohrab Hura

« Dans les années 1990 et au début des années 2000, des dizaines de milliers d’Albanais ont émigré en Grèce en raison de la guerre du Kosovo, des difficultés économiques et des troubles politiques. Lors de ma visite, l’afflux continu de personnes cherchant refuge en Europe signifiait que la ville comptait un grand nombre de sans-abri et des tensions sociales croissantes.
Cette image a été prise dans un restaurant d’Athènes, en Grèce, alors que je m’asseyais à une table dans un patio extérieur de la ville. Deux garçons se sont approchés de moi en tenant des harmonicas. Ils se promenaient de restaurant en restaurant et demandaient de l’argent en échange d’un morceau de musique. J’ai pris un Polaroïd des garçons, et pendant que la photo se développait, j’ai écouté leur histoire. Les frères étaient orphelins de famille et de pays et avaient récemment fui l’Albanie, arrivant en Grèce à la recherche d’une vie meilleure. »

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