L’écoféminisme, contre les « dominations croisées » des femmes et de la nature

Par Claire Legros

Publié aujourd’hui à 06h00

C’est un cri de ralliement qui séduit et inquiète, une pensée qui fédère et divise à la croisée des combats. Longtemps ignorés en France, les travaux sur les liens entre genre et écologie, médiatisés à l’occasion des candidatures à la primaire écologiste de Sandrine Rousseau et Delphine Batho, autoproclamées « écoféministes », suscitent autant d’enthousiasme que de rejet. On aurait tort d’y voir une simple péripétie de campagne. L’épisode est, au contraire, le signe de mutations profondes à l’œuvre en France dans le champ de l’écologie politique comme dans celui de la pensée féministe.

« La sensibilité écoféministe est devenue l’une des caractéristiques centrales de ce qu’on appelle “le féminisme de la troisième vague”, alors qu’elle constituait un courant très marginal et périphérique dans la génération précédente », constate l’historienne Christine Bard, autrice de Féminismes. 150 ans d’idées reçues (Le Cavalier bleu, 2020). On assiste à « un renouvellement au sein du mouvement écologiste chez une nouvelle génération de militants qui porte des formes différentes de féminisme », analyse, de son côté, la politiste Vanessa Jérome, autrice de Militer chez les Verts (Presses de Sciences Po, 304 pages, 22 euros).

Foisonnement de textes de référence

De ce renouvellement attestent, ces dernières années, les succès en librairie de Sorcières. La puissance invaincue des femmes, de Mona Chollet (La Découverte, 2018), et de Reclaim, l’anthologie de textes écoféministes coordonnée par la philosophe Emilie Hache (rééditée en 2019, Cambourakis), de même que le foisonnement de parutions, depuis quelques mois, de textes de référence : les ouvrages de la militante Françoise d’Eaubonne, de la poétesse Susan Griffin, de l’historienne et philosophe Carolyn Merchant, de la « sorcière », activiste antinucléaire et militante féministe Starhawk, ou encore ceux de la philosophe australienne Val Plumwood (1939-2008).

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Mais de quel écoféminisme parle-t-on ? Cette effervescence éditoriale met en lumière un patchwork d’actions et d’idées qui a évolué selon les époques et les territoires géographiques. Dans la marmite écoféministe bouillonne un étonnant mélange, « un joyeux bordel », ose la philosophe Jeanne Burgart Goutal dans son livre-enquête Etre écoféministe (L’Echappée, 320 pages, 20 euros), qui a reçu, en mai, le Prix de l’écologie politique. « Il serait plus juste de parler “des” écoféminismes, comme il y a “des” écologies et “des” féminismes », constate Vanessa Jérome, pour qui « il existe, au sein du mouvement, cent mille lignes de fracture et autant de lignes de convergence ».

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