« L’Ecole d’aujourd’hui à la lumière de l’histoire » : pour en finir avec les idées reçues

Livre. A quoi servent les historiens de l’éducation ? A rappeler à quel point la question de l’école est inextricablement liée à l’histoire tout court, donc à la politique. A déconstruire, aussi, quelques mythes. En proposant cet examen de L’Ecole d’aujourd’hui à la lumière de l’histoire, Claude Lelièvre, déjà auteur d’une vingtaine d’ouvrages sur les politiques scolaires, ne se livre pas à une entreprise militante, même si ses convictions de gauche et ses réticences envers le ministère actuel sont connues. Et, s’il ne se retient pas de lancer quelques piques, l’essentiel est dans les éclairages qu’il donne sur une série de sujets qui, malgré leur ancienneté, continuent de nourrir les controverses actuelles.

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Ces informations sont souvent contre-intuitives : on croyait savoir, mais en fait, non, l’affaire est plus complexe. Certains automatismes en prennent un coup. La référence aux « hussards noirs », par exemple. Combien de fois nous sert-on cette belle image due à Charles Péguy, censée magnifier le rôle des instituteurs de la IIIe République ? C’est en partie une méprise.

« Exciter la spontanéité de l’enfant (…) au lieu de l’emprisonner dans des règles toutes faites auxquelles il n’entend rien », Jules Ferry, discours du 2 avril 1880

Car, l’écrivain, dans Les Cahiers de la quinzaine du 16 février 1913, évoquant un souvenir de jeunesse datant des années 1880, ne désignait pas ainsi les instituteurs en poste, qui n’avaient pas d’uniforme, mais seulement les normaliens – c’est-à-dire les élèves instituteurs des écoles normales, où ils étaient formés. Bien plus que de seuls points de vocabulaire, Claude Lelièvre bouscule aussi des représentations très ancrées, en particulier celles en référence à l’école de Jules Ferry.

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Celui-ci, loin de sacraliser le « lire, écrire, compter », rangeait cette trilogie dans la catégorie de la « discipline mécanique de l’esprit » qu’il s’agissait plutôt de dépasser. Il s’efforçait de promouvoir de « nouvelles méthodes » qui, expliquait-il dans un discours du 2 avril 1880, « consistent, non plus à dicter comme un arrêt la règle à l’enfant, mais à la lui faire trouver ; qui se proposent avant tout d’exciter la spontanéité de l’enfant, pour en diriger le développement normal au lieu de l’emprisonner dans des règles toutes faites auxquelles il n’entend rien ».

Parmi d’autres conceptions inexactes sur Ferry, Claude Lelièvre revient sur sa fameuse Lettre aux instituteurs du 17 novembre 1883 où, défendant « la bonne et antique morale que nous avons reçue de nos pères et de nos mères », il enjoint aux enseignants de s’abstenir s’il se trouve « un seul honnête homme qui puisse être froissé » de leur propos quand ils s’adressent aux élèves. Citation souvent brandie pour vanter la neutralité de l’école.

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