« L’Ecole du gotha, enquête sur l’Alsacienne » ou l’école de l’entre-soi

Livre. La querelle, étalée sur la place publique, entre le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal et l’activiste Juan Branco, mise en scène par ce dernier dans Crépuscule, un ouvrage publié d’abord sur le Web à l’automne 2018 puis écoulé à plus de 100 000 exemplaires (Au Diable Vauvert, 2019), a placé l’Ecole alsacienne sous le feu des projecteurs. Attal, Branco, deux anciens élèves, parmi une pléiade de noms connus, d’André Gide à Vincent Lindon ou Léa Salamé. Et, finalement, une mauvaise publicité pour cette institution scolaire discrète et sélect, qui suit ses élèves du jardin d’enfants à la terminale, logée depuis 150 ans au cœur du 6e arrondissement de Paris. Un quartier où le prix du m2 atteint des niveaux record et où vivent entre elles une bonne partie des élites intellectuelles et autres de la capitale.

« L’Ecole alsacienne, c’est 1 800 élèves de milieux très favorisés, recrutés par réseau, qui reçoivent une éducation de luxe, en partie financée par le contribuable », résume Lucas Bretonnier journaliste indépendant, au terme d’une enquête sérieuse qu’il vient de publier sous le titre aguicheur « L’Ecole du gotha ».

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De fait, il ne faut pas croire que l’Alsacienne soit le seul établissement d’excellence niché à Paris. A un jet de pierre de l’« Alsa », comme les anciens élèves ont coutume d’appeler leur école, on trouve, parmi d’autres, le collège catholique Stanislas ou des lycées publics comme Louis Le Grand et Henri IV. Mais peut-être que, plus que d’autres, cette école d’enfants bien nés préfigure une certaine idée de ce que pourrait être « la Macronie » : une élite moderne, libérale et ouverte sur le monde.

Importance des réseaux

Même si la direction, soucieuse de son image, s’efforce de s’ouvrir à la diversité, il n’en reste pas moins que l’homogénéité du milieu social des élèves recrutés à l’Alsacienne est très grande. Forte de telles caractéristiques, il n’est guère étonnant que le degré de confiance insufflé par l’école aux élèves qu’elle suit en général pendant une quinzaine d’années soit très grand.

L’influence du protestantisme – religion des fondateurs de l’école – et l’accent mis sur l’individu sont perceptibles parmi d’autres marqueurs pédagogiques. A « l’Alsa », on ne vire pas ou peu. Toutes les matières sont mises sur un pied d’égalité, des mathématiques à la musique. Les activités artistiques ou extrascolaires sont valorisées, notamment le théâtre ou les voyages à l’étranger. Favoriser l’aisance à l’oral et developper une relation individuelle, directe et horizontale avec l’élève sont privilégiés par le corps enseignant.

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