L’écrivain Michel Host, prix Goncourt 1986, est mort

Michel Host, le 17 novembre 1986.

Prix Goncourt 1986 pour Valet de nuit, l’écrivain Michel Host est mort à Paris le 6 juin.

Né à Furnes, en Flandre belge, tout près de la frontière, de parents français, Yves Chavatte a gardé de sa petite enfance dans le Nord, marquée par la guerre et l’âpre rusticité qui perdure à la fin du conflit, le sentiment d’être un « survivant ». Hanté par la violence qui frappe les animaux mais aussi les enfants – nom d’un oiseau qui le fait rêver, le martinet est pour lui d’abord un fouet –, le garçonnet est rejeté par les siens et placé comme interne huit années dans l’institut Saint-Jean-Baptiste-de-La Salle à Estaimpuis, à nouveau du côté belge de la frontière.

De ses « années semi-carcérales » qui n’atténuent pas sa défiance envers les êtres humains il ne retient que l’éveil littéraire grâce à quelques maîtres exceptionnels qui lui font entrevoir une autre vie. Autre vie donc autre identité : Michel Host effacera Yves Chavatte et assume, au terme d’errances et de découvertes à Bruxelles notamment, de se considérer comme un « Belge mental », fasciné par les paysages plats et la culture du lieu.

La seconde naissance a lieu à Paris, qu’il gagne à 21 ans, la ville et la Seine adoptées comme matrices décisives. Host y mène ses études universitaires, y côtoie des peintres venus d’outre-Pyrénées et qui dialoguent naturellement avec ses références flamandes (Bosch, Ensor, Magritte, Delvaux). C’est là, se destinant à l’enseignement, qu’il choisit l’espagnol, présentant l’agrégation, plutôt que le français qu’il réserve à son envie d’écrire. Reçu au concours, Holt enseigne d’abord en province puis à Paris mais, très vite, pour des raisons de santé, il renonce à ce magistère classique pour se consacrer à l’enseignement par correspondance avec des étudiants relevant de l’université de Nanterre.

Une confidentialité protectrice

Spécialiste de la littérature du siècle d’or, Host enseigne au CNED lorsque Valet de nuit (Grasset) est distingué par le jury Goncourt en novembre 1986. Ce n’est pas un coup d’essai : son premier roman, L’Ombre, le fleuve, l’été (Grasset, 1983) est salué par François Nourissier, enthousiasmé par ce texte aux « allures d’estuaire, dans ce moment de l’âge et de l’œuvre où tant d’écrivains ne nous proposent que le ruisselet d’une source » qui lui procure une même « divine surprise » que, avant Holt, J.M.G. Le Clézio ou Marc Cholodenko. Et le tout jeune prix Robert-Walser en fait son troisième lauréat (1984).

Lire aussi (achive de 1986) : Goncourt : Michel Host pour « Valet de nuit »

Pour Valet de nuit, André Brincourt, dans Le Figaro, ne voit guère que L’Homme de Buridan, de Saul Bellow pour lui être comparé. Chez Drouant, même plébiscite. Cinq tours de scrutin et le voilà élu par cinq voix devant Gilles Lapouge (trois pour La Bataille de Wagram), Jean-Edern Hallier et Pascal Quignard (un chacun pour L’Evangile du fou et Le Salon du Wurtemberg). Mais le public ne suit pas. Les ventes restent très modestes (70 000 exemplaires) pour un Goncourt, d’autant que les lauréats précédents, Marguerite Duras (L’Amant) et Yann Quéffelec (Les Noces barbares) comme les suivants, Tahar Ben Jelloun (La Nuit sacrée) et Erik Orsenna (L’Exposition coloniale), établirent des scores record.

Il vous reste 30.83% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.