L’Eglise de Suède, terre promise des partis politiques

Bureau de vote pour  les élections des représentants de l’église lutherienne évangélique, à Stockholm, le 19 septembre 2021.

LETTRE DE STOCKHOLM

Fondée en 2018 par des transfuges de l’extrême droite (Sverigedemokraterna, « Les Démocrates de Suède »), l’organisation Alternativ för Sverige (AfS) n’avait jamais remporté un mandat électoral. Voilà qui est chose faite depuis dimanche 19 septembre : à l’issue des élections de l’Eglise de Suède, la formation nationaliste a décroché 3 des 251 sièges au synode, la plus haute instance de l’Eglise luthérienne évangélique.

Depuis 1931, les élections ont lieu tous les quatre ans. Seuls les membres de l’Eglise peuvent voter, c’est-à-dire les Suédois qui paient chaque année la taxe ecclésiastique (environ 0,25 % de leur revenu). Au début des années 1970, plus de 95 % des habitants du pays appartenaient à l’Eglise luthérienne. Depuis, leur nombre s’est effondré, même s’ils sont encore près de 5,8 millions (dans un pays de 10 millions d’habitants).

Cette année, 850 000 Suédois sont venus voter dans les églises du pays. Les électeurs devaient glisser trois bulletins dans l’urne : un blanc pour désigner les membres du conseil paroissial (niveau local), un rose pour élire ceux du conseil diocésain (régional) et un jaune pour le synode à l’échelle nationale. Tous ces comités sont essentiellement chargés de gérer le budget, sans aucun pouvoir, en théorie, sur les questions théologiques, même si leurs décisions ont souvent un impact. Au total, environ 14 500 sièges étaient à pourvoir.

Séparation de façade entre l’Eglise et l’Etat

Issus de la société civile – et non du clergé –, les élus sont désignés sous le nom de « kyrkopolitiker » – « responsables politiques de l’Eglise ». Car, incongruité supplémentaire, la plupart des partis politiques suédois présentent des candidats. Peu importe que l’Eglise et l’Etat soient officiellement séparés depuis le 1er janvier 2000. Le cordon n’a jamais été vraiment rompu, affirme Jan Strid.

L’ancien maître de conférences à l’université de Göteborg en veut pour preuve la loi qui régule toujours les rapports entre l’Etat et l’Eglise et proclame que celle-ci doit être une « Eglise populaire ouverte ». Il rappelle que l’instauration de ces élections, en 1931, était « une manière, pour les partis politiques, et notamment les sociaux-démocrates, de contrôler l’Eglise ». Et « c’est pour les mêmes raisons que le système a été maintenu après 2000 », précise le spécialiste.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi L’église suédoise de Paris, refuge pour les jeunes Afghans

Cette année encore, les sociaux-démocrates sont arrivés en tête au niveau national, avec 27,6 % des voix, devant l’organisation Partipolitiskt obundna i Svenska kyrkan (« Les non-partisans dans l’Eglise de Suède », POSK), créée en 1987, dont l’objectif est de soustraire l’Eglise à l’influence des partis.

Il vous reste 53.43% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.