L’église Saint-Eustache produit son propre parfum

Captation d’une performance de l’artiste Leonora Hamill, qui avait lâché un cerf vivant dans l’église, en 2014. Après l’art, l’église se met au parfum…

Yves Trocheris, curé de Saint-Eustache, « la cathédrale des Halles » ainsi qu’on surnomme toujours celle qui fut, du XVIe au XVIIIsiècle, la plus grande église paroissiale de Paris, avec ses 105 mètres de long sur 43,5 mètres de large, avant d’être détrônée par Saint-Sulpice (110 m sur 57 m), avoue être « particulièrement sensible aux odeurs ». Et notamment celles des cierges, de l’encens et des fleurs, qui participent pleinement à la liturgie. « C’est magique ! », laisse-t-il échapper.

L’affable quinquagénaire confesse même qu’une bonne partie de sa vie est liée à l’olfactif. « Enfant, chaque matin, ma grand-mère me demandait de choisir son parfum pour la journée. » A l’adolescence, elle lui a offert son premier flacon. « C’était Cuir de Russie de chez Chanel. C’est ma madeleine de Proust… J’aime qu’une personne sente bon. » Sur ce, il cite un extrait de la deuxième épître de saint Paul aux Corinthiens. « Nous sommes en effet pour Dieu la bonne odeur du Christ et c’est cette bonne odeur que nous sommes chargés de répandre. »

Comme si ce n’était pas suffisant, il évoque Marie de Béthanie, qui avait versé un nard, « pur et très précieux », sur les pieds de Jésus qu’elle essuya ensuite avec ses cheveux. « Elle a voulu faire le meilleur cadeau au Christ. Le parfum est une offrande. » Pas étonnant donc que sa paroisse soit à l’initiative de la création d’un parfum original, une première mondiale pour une église.

Ouverture d’esprit

La genèse de cette fragrance est le fruit de rencontres et d’amitiés. Louis Robiche, régisseur général des lieux, partage avec Etienne de Swardt, créateur et éditeur de parfums, responsable d’une petite entreprise, La Seconde affaire du pommier, une même passion pour l’observation de la nature, un loisir qu’ils pratiquent régulièrement en arpentant le Vendômois. Lors de conversations, naît l’idée d’un parfum pour Saint-Eustache. Ils en parlent au père Trocheris qui, immédiatement, leur fait part de sa sensibilité aux fragrances.

Arrivé en septembre 2018 de Francfort, où il a exercé pendant six ans son ministère en allemand, ce dernier est un oratorien. Sa congrégation se distingue par son ouverture d’esprit – « On est des prêtres de la cité, des humanistes spirituels » – et par sa sensibilité à l’art sous toutes ses formes. A Saint-Eustache, dont l’animation pastorale est assurée par les oratoriens depuis 1922, Les pèlerins d’Emmaüs, un tableau de Rubens, cohabite avec La Vie du Christ, un triptyque du graffeur Keith Haring, mort des suites d’une infection au VIH dans les années 1980.

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