L’égyptomanie d’Alberto Giacometti, une source d’inspiration exposée à Paris

Vue de l’exposition « Giacometti et l’Egypte antique », à l’Institut Giacometti, à Paris. Sont exposés ici, de gauche à droite : « Femme qui marche » (1932-1936), d’Alberto Giacometti, « Statue de la déesse Nephthys », XVIIIe dynastie (prêt du Musée du Louvre), et « Grande Femme », 1958, d’Alberto Giacometti.

« Ça, ce sont des sculptures. Ils ont retranché ce qui était nécessaire sur toute la figure, il n’y a même pas un trou pour entrer une main, pourtant on a l’impression du mouvement et de la forme d’une façon extraordinaire. » Ces mots sont d’un jeune homme qui visite, en novembre 1920, les musées de Florence. « Ils », ce sont les sculpteurs de l’Egypte antique. Lui, c’est Alberto Giacometti (1901-1966), qui écrit à ses parents. Ces lignes ne sont que l’un des indices précoces de son culte pour cet art.

Quelques mois après la révélation florentine, il est à Rome et écrit à nouveau à Giovanni et Annetta : « Jusqu’à présent, et je ne pense pas que cela changera, la plus belle statue que j’ai vue n’est ni grecque ni romaine, et encore moins de la Renaissance ; c’est une statue égyptienne. » Il s’indigne de leur médiocre présentation au musée du Vatican et poursuit : « Les sculptures égyptiennes ont une grandeur, un rythme des lignes et des formes, une technique parfaite comme on n’en a plus fait par la suite. (…) Et les têtes paraissent vivantes, on dirait qu’elles vous regardent et qu’elles parlent. Tout l’art qui est venu ensuite est plus ou moins descriptif. Cet art-là ne se résume pas à la forme et aux lignes, il y a bien sûr une très grande profondeur de sentiment… »

Lire la critique (2020) : Exposition : Giacometti fait bouger les statues

Sur ce point, jusqu’à la fin de sa vie, Giacometti n’a pas changé, et les preuves de son « égyptomanie » abondent dans sa conversation, ses lettres et jusqu’au fait que, en 1957, il se fait photographier dans son atelier jouant à la statue de la XVIIIe dynastie – la précision est de lui –, le dos raide, les jambes parallèles, les bras au corps, les mains sur les genoux et l’air impénétrable.

L’être debout s’impose

En s’appuyant sur les collections du Louvre, que l’artiste a maintes fois fréquentées, l’Institut Giacometti consacre à ce compagnonnage une exposition remarquablement convaincante. Elle l’est de deux façons, historique et artistique. L’historique est celle par laquelle commence le parcours : les dessins de Giacometti d’après des œuvres égyptiennes vues dans les musées ou en photographie. Des années 1920 aux années 1950, son attention ne s’interrompt pas.

À aucun moment, Giacometti ne copie ou ne pastiche telle œuvre égyptienne. Mais il retient et met en pratique des principes

Relevés au crayon sur papier, croquis au crayon ou au stylo-bille en regard des reproductions dans les livres, études analytiques des structures d’une statue ou d’une fresque thébaine, notation abrégée des deux yeux d’un dieu ou d’un roi, schémas à l’encre d’après les portraits peints du Fayoum : il y en a tant que la salle est presque trop petite pour les contenir tous. Quelques-uns suggèrent que le besoin d’Egypte peut être si fort que Giacometti le satisfait alors aussitôt, sans respect pour le livre d’art ou la revue qui lui sert de support.

Il vous reste 37.96% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.