« L’énergie reste le carburant de notre économie »

Une centrale électrique au charbon à Nankin, dans la province chinoise du Jiangsu, le septembre 2021.

Y aura-t-il du concombre et des tomates à Noël ? Les Pays-Bas, patrie de l’agriculture intensive, y pourvoient habituellement grâce à leurs serres géantes. Mais l’année 2021 sera différente. Le gaz qui les chauffe en hiver vient à manquer et l’électricité qui les éclaire devient soudainement hors de prix. Le chaos énergétique qui a déjà paralysé une partie de l’industrie britannique gagne désormais l’Europe. Désillusion. Après une année blanche en 2020, qui a vu la consommation d’énergie baisser en Europe, laissant croire que la transition énergétique avait commencé, la demande remonte en flèche et les prix encore plus vite.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Hausse du prix de l’énergie : les Européens en ordre dispersé

Du côté de la demande, les consommations de charbon et de gaz sont déjà remontées au-dessus de leur niveau de 2019, et ce sera le cas à la fin de 2021 pour le pétrole. Du côté des prix, une tempête parfaite s’est installée pour porter les cours de tous les combustibles fossiles à des sommets historiques. Elle a pris naissance cet été du côté de la rivière des Perles, dans le sud-est de la Chine.

Une sécheresse épouvantable s’est abattue sur toute la région, baissant le niveau des eaux jusqu’à 80 %. Les centrales hydroélectriques ont arrêté de tourner. Les autorités se sont alors tournées vers le charbon pour fournir l’électricité. Mais le charbon a manqué à son tour, du fait des nouvelles contraintes réglementaires de sûreté qui ont réduit l’activité de nombreuses mines. Le pays a alors importé massivement du charbon et du gaz naturel.

Terrible paradoxe

Le client habituel du Qatar, l’Europe, s’est retrouvé en concurrence avec la demande chinoise. Les prix se sont mis à grimper. Comme si cela ne suffisait pas, le vent a faibli en mer du Nord, compromettant la fourniture d’électricité par les éoliennes offshore. La demande de gaz en Europe a bondi. L’Azerbaïdjan et la Russie, à l’autre bout des gazoducs européens, se frottent les mains. Le Qatar commande de nouveaux méthaniers géants, et les prix croissent à des niveaux inédits.

Le développement des énergies renouvelables aurait dû détendre les prix du gaz et du charbon, devenus moins utiles, et c’est l’inverse qui se produit

Nous voilà donc plongés dans un terrible paradoxe, à l’approche de la 26e conférence des Nations unies sur le climat (COP26), qui se tiendra à Glasgow (Ecosse), du 31 octobre au 12 novembre. Le développement des énergies renouvelables, qui fournissent d’un quart à un tiers de l’électricité en Grande-Bretagne et en Allemagne, aurait dû détendre les prix du gaz et du charbon, devenus moins utiles, et c’est l’inverse qui se produit. Une sécheresse au bout du monde, une brise qui s’amenuise et la machine s’emballe, emportant dans son sillage le cours du quota de carbone, qui a doublé en quelques mois.

Il vous reste 19.68% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.