L’enfant, un vrai sujet de droit dans la revue « Délibérée »

Revue des revues. Au lieu « d’essentialiser, de diaboliser, d’angéliser ou de catégoriser » les enfants en difficulté, Délibérée, la revue de « réflexion critique » du Syndicat de la magistrature, propose en cet automne de les « prendre au sérieux ». Pourquoi, suggère-t-elle, ne pas aller au bout de la lente évolution vers leur reconnaissance comme sujets en les considérant non plus comme des menaces, mais comme des alter ego ? Pour ce faire, la revue donne la parole au sociologue Wilfried Lignier, qui analyse la manière dont les enfants perçoivent l’ordre social, mais aussi au pédopsychiatre et anthropologue Yannis Gansel, qui décrypte une notion florissante depuis les années 2000 – les adolescents « difficiles ».

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La revue Délibérée sait faire la part belle aux intellectuels, mais aussi aux expériences de terrain. Dans ce numéro consacré aux « justes enfances », elle fait une longue halte à Nanterre (Hauts-de-Seine), où les magistrats et les avocats ont institué, en avril 2020, une pratique nouvelle : chaque enfant suivi en assistance éducative se voit automatiquement désigner un avocat. Un an plus tard, l’avocate Isabelle Clanet Dit Lamanit et la juge des enfants Anaïs Vrin estiment, dans la revue, que cette innovation a fait de l’enfant un vrai sujet de droit : l’avocat est désormais la « mémoire », le « référent », le « partenaire » du mineur – et le « garant de la continuité des accompagnements ».

Langue accessible aux mineurs

La revue s’intéresse également aux chemins explorés par des juges étrangers. La magistrate Elsa Johnstone raconte ainsi qu’aux Pays-Bas et au Royaume-Uni certains juges, inspirés par les textes du Conseil de l’Europe ou de l’Unicef, tentent de rédiger leurs décisions dans une langue accessible aux mineurs. Saisi parce qu’un mineur souhaite suivre son père en Scandinavie contre l’avis de sa mère, un magistrat de Liverpool justifie son refus dans une lettre adressée à l’adolescent. « Cher Sam », écrit-il en détaillant la procédure en termes simples, « je pense qu’il serait très dommageable de vivre si loin de ta mère » et je « doute de la capacité de ton père à te fournir un foyer sûr et un niveau de vie raisonnable ».

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Plus inattendu, dans cette revue consacrée au droit et aux pratiques judiciaires, est un texte de l’auteur et illustrateur de livres pour enfants Claude Ponti. L’inventeur du poussin masqué, de Tromboline et Foulbazar, et du Doudou méchant revient, en parole et en dessin, sur l’inceste dont il a été victime dans son enfance. « Sublimer, trouver un équilibre, réenvisager la confiance dans l’autre et en soi comme possible. Domestiquer, éduquer, naviguer. Je sais faire. Mais il y a toujours un petit coin de mémoire non morte, ultra-puissante qui explose en surface consciente quand l’occasion se présente. » Ce n’est pas, conclut-il, la parole qu’il faut libérer, mais les oreilles.

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