« L’Enfer de Botticelli », sur Histoire TV : la renaissance de Dante

« L’Enfer de Botticelli » (entre 1485 et 1495) est l’un des 92 feuillets peints par Sandro Botticelli (1445-1510) pour illustrer « La Divine Comédie », un siècle et demi après la fin du cycle et la mort de Dante (1265-1321). Aujourd’hui, 85 feuillets sont conservés au Kupferstichkabinett de Berlin et sept autres à la Bibliothèque apostolique vaticane.

HISTOIRE TV – JEUDI 16 SEPTEMBRE À 20 h 40 – DOCUMENTAIRE

Voilà sept cents ans que le Florentin Dante Alighieri (1265-1321) a disparu, laissant à la postérité sa Commedia – tenue pour « divine » par Boccace, dès 1373, dans son Trattatello in laude di Dante (« Petit traité à la louange de Dante »).

Pour commémorer l’illustre poète, Histoire TV propose le documentaire Botticelli Inferno (L’Enfer de Botticelli), de Ralph Loop. Une entrée inattendue dans l’œuvre de Dante, dans les pas de son compatriote Sandro Botticelli (1445-1510), un siècle et demi après la mort de son auteur. Cet autre divin Florentin s’y attela plus d’une décennie – peut-être jusqu’à sa mort. Et laissa l’œuvre inachevée. Sa Carte de l’Enfer en est une synthèse fascinante qui n’en finit plus de livrer indices et secrets.

C’est autant l’aventure des 92 feuillets qui nous sont parvenus que l’hypothèse du parti pris de l’artiste que propose le documentaire. Il semble craindre l’érudition, clé de l’engagement de Botticelli, fin lettré en quête de rédemption, à l’instar de Dante, perdu dans cette « forêt obscure » qui ouvre l’Inferno. Ainsi entend-on les réactions recueillies dans la rue sur les images fortes de la Commedia autant que les analyses des spécialistes d’histoire de l’art sur le sens caché de l’œuvre picturale, dont on distingue les manières successives de représentation, selon qu’on parcourt L’Enfer, Le Purgatoire ou Le Paradis. En restant toujours d’une saisissante fidélité au texte.

A l’origine, il y a classiquement une commande et un commanditaire fortuné, le banquier florentin Lorenzo di Pierfrancesco de Médicis (1463-1503). Orphelin à 13 ans, pupille de son oncle Laurent le Magnifique, il suit les enseignements de Marsile Ficin et Ange Politien à l’Académie platonicienne. C’est là que le mécène rencontre Botticelli et associe l’artiste au copiste Niccolo Mangona pour enluminer la Commedia.

Sans doute le mécène savait-il que Botticelli avait participé à la première édition imprimée du poème de Dante avec le commentaire de Cristoforo Landino (1425-1498). Mais son projet est tout autre, bien plus original et ambitieux : ne se limitant pas à quelques scènes-clés, Botticelli prévoit d’illustrer chaque chant, donc de réaliser une centaine d’images en pleine page sur la face lisse du parchemin, la face rugueuse de la peau de mouton étant réservée au poème.

Parcours tortueux

Le plus inattendu reste le parcours tortueux de ce corpus extraordinaire pour arriver jusqu’à nous. Les 85 feuillets conservés aujourd’hui au Kupferstichkabinett de Berlin y sont entrés en 1882, à la suite de la vente aux enchères chez Sotheby’s des collections du Hamilton Palace. Le dixième duc, Alexander Hamilton, avait acquis, en 1819, le lot, relié vers 1780, et soudain réapparu en 1803, chez Molini, libraire parisien d’origine florentine. Sans doute arrivé en France au XVIe, à l’occasion des noces royales, ce corpus avait disparu plus de deux siècles, comme il sera brièvement dispersé en Allemagne le temps de la scission politique, avant d’être reconstitué, en 1993, après la réunification.

Les sept pièces abritées à la Bibliothèque apostolique vaticane ont, elles, une histoire moins mouvementée. Mais le plus bouleversant est moins la lacune des dix images manquantes – et identifiées puisque chacune renvoie à un chant précis – que la lecture des repentirs de l’artiste inversant un motif pour rendre autrement un vertige poétique. Botticelli coauteur de Dante.

L’Enfer de Botticelli, de Ralph Loop (All., It., 2016, 96 min).