« L’ère du complotisme » : pourra-t-on guérir de ce fléau moderne ?

Livre. « Résolument politique et résolument global », tel est l’angle sous lequel la chercheuse envisage le conspirationnisme dans son livre fraîchement réédité. Elle part d’un constat : longtemps dénigré, considéré comme le propre de personnes « peu éduquées » et « peu intelligentes », le complotisme se serait transformé en véritable mal du siècle, aujourd’hui quasi majoritaire.

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Des dynamiques de longue haleine l’ont nourri. La massification du Web dans les années 2000, puis des réseaux sociaux, où tout s’entremêle sans hiérarchie, a permis « l’appropriation du logiciel conspirationniste par le citoyen lambda ». Les deux dernières décennies furent aussi celles d’« une crise de confiance en la parole publique », d’une complexification du monde et d’une polarisation du débat public, sur fond d’islamophobie, d’antisémitisme et d’inégalités sociales diverses. Le tout dans une société en manque de repères, où la chute des idéologies du siècle passé a laissé place à des valeurs individualistes qui s’essoufflent.

« Réveillez-vous, on vous ment ! »

Des détonateurs ont accéléré le processus : le traumatisme du 11 septembre 2001 qui réactive la « vieille dualité civilisation/barbarie », le « mensonge de l’administration Bush » en 2003, les soubresauts du conflit israélo-palestinien, etc. Des révélateurs, enfin, cristallisent les tensions. L’élection de Donald Trump en est sans doute le meilleur exemple.

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Emerge ainsi le terreau d’un complotisme bicéphale : d’un côté celui réactionnaire, proche de l’extrême droite, et de l’autre une mouvance rattachable à l’extrême gauche. Il se déploie en deux temps. Le temps du doute d’abord : « Réveillez-vous, on vous ment ! », clame Alain Soral devant sa webcam. Une fois la parole officielle sapée, le doute cartésien, potentiellement louable, se mue ensuite en certitudes nouvelles et en dogmes protestataires.

Retrouver un langage commun

Quelles solutions, dès lors, pour sortir de l’impasse ? Marie Peltier nous met en garde : ni « la binarité ni les réponses clés en main », construites « sur un mode de réaction et d’opposition », ne seront salutaires. Elles peuvent même servir de carburant aux idéologues du complot. Il faut au contraire partir d’une « responsabilité partagée » au sein de la société, sans infantiliser un phénomène souvent porteur d’une « intention non seulement légitime mais pertinente, bien que dévoyée ». Comment ne pas taxer, en effet, d’incohérence un système où un hiatus demeure entre discours d’égalité et de transparence, et réalité de discriminations, de frustrations sociales et de luttes d’intérêt ?

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