Les affinités sélectives de François Ozon

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Publié le 03 juillet 2021 à 00h16, mis à jour à 12h40

François Ozon, le 21 juin 2021, dans ses bureaux, à Paris (2e).

Même une pandémie n’aura pas réussi à chambouler la régularité avec laquelle tourne François Ozon. L’intéressé se connaît : « Un film par an, c’est mon rythme. » Ainsi, un an après Eté 85, une histoire d’amour entre deux adolescents, orné du label Cannes 2020, le cinéaste présentera en compétition, le 7 juillet sur la Croisette, Tout s’est bien passé.

Le vingtième long-métrage du réalisateur suit le parcours de deux sœurs qui aident leur père à accéder à un suicide assisté en Suisse. Il est adapté du livre autobiographique d’Emmanuèle Bernheim (publié chez Gallimard en 2013), romancière et grande cinéphile, morte en 2017. Elle fut une de ses proches, une des membres du groupe qui l’entoure, un esprit vif dont les conversations pouvaient le nourrir et donner un éclat singulier à certains scénarios en devenir.

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Une troupe serait beaucoup dire. Une famille serait déplacée, tant elle n’a jamais bonne presse dans ses longs-métrages, biotope aux relents toxiques généralement cloisonné dans un intérieur (une maison, un pavillon, un appartement bourgeois) et qui aboutit au conflit (Potiche, Dans la maison, Jeune et jolie), au meurtre (Sitcom), voire au suicide (8 femmes).

Des amis, alors ? « Certains le sont, mais être trop ami dans un cadre professionnel est compliqué, d’autant que le cinéma est un univers hiérarchique et que, pour moi, le film est prioritaire sur l’amitié », tranche François Ozon. Avec lui, le cinéma n’a jamais tort, et tant pis s’il faut renoncer, pour une brouille ou une fâcherie, à certaines relations.

« Je lui dirai toujours oui »

Chaque film, assure le cinéaste de 53 ans, est un nouveau départ, une nouvelle équipe à constituer, sans passe-droit. Un titre de séjour dans son univers à renouveler. « Acteurs, chef opérateur, décorateur, ingénieure son : je veux la bonne personne au bon endroit et j’essaie de rester sans a priori. A l’époque où j’étudiais à la Fémis, Valeria Bruni Tedeschi était dans tous les courts-métrages des élèves : j’en avais ras le bol de la voir partout ! Mais qu’elle m’agace à l’époque ne nous a pas empêchés de faire trois films ensemble plus tard. »

Valeria Bruni Tedeschi, Charlotte Rampling, Melvil Poupaud, Géraldine Pailhas, Jérémie Renier : il y a d’abord les acteurs que François Ozon réinvite assidûment, « ceux qui me rassurent, car je sais exactement ce qu’ils amèneront, ceux avec qui je n’ai pas fait le tour de la question ». « Petit rôle, grand rôle… Je crois que je lui dirai toujours oui », assure Melvil Poupaud, qui a tourné quatre fois sous sa direction (Le Temps qui reste, Le Refuge, Grâce à Dieu et Eté 85).

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