Les amusantes paparazzades de Mazaccio & Drowilal

Par

Publié aujourd’hui à 08h00

Ils se souviennent que c’est dans une laverie parisienne, un jour de 2011, dans le ronronnement des lave-linge, que tout a commencé. Elise Mazac (surnom : Mazaccio) et Robert Drowilal feuillettent des magazines people qui traînent. « C’était l’époque où Starbucks n’avait pas encore autant essaimé en France, se souvient Elise. Et on se demandait pourquoi, sur toutes les images qu’on voyait, les stars étaient prises en photo par des paparazzis avec ce même gobelet en carton entre les mains. »

Ils commencent à rassembler des images de célébrités dans la rue avec leur macchiato ou leur latte : l’acteur Ben Affleck, les actrices Natalie Portman, Halle Berry, Ellen Pompeo de Grey’s Anatomy et Marcia Cross de Desperate Housewives, la pop star Hilary Duff… Et les superposent sur un collage avec, en arrière-plan, une avenue new-yorkaise. Les vedettes se voient réduites à une condition banale, à la merci de leur dose de caféine et de sucre, et tournées en ridicule, tant elles semblent jouer, « performer », dit Robert.

Chariot de course et papier toilette

C’est là la première œuvre de Paparazzi, une série aujourd’hui publiée dans un livre qui en rassemble une vingtaine : les stars qui font leurs courses, les stars qui se prennent en selfie, les stars à moto, à la plage, ivres, enceintes, qui s’embrassent… Les figures impénétrables des affiches de films sont ici ramenées au trivial (promenade du chien faisant ses besoins) ou au moutonnier (port de la même parka Canada Goose, pratique du yoga et du golf). Dans une sorte de quart d’heure warholien inversé, les stars sont saisies dans des gestes banals, comme pousser un chariot de course où s’entassent des rouleaux de papier toilette.

Si l’image paparazzée a été ennoblie ces dernières années – des signatures de la discipline ont déjà été exposées, comme Jean Pigozzi, dans diverses galeries, ou Pascal Rostain et Bruno Mouron au Centre Pompidou-Metz en 2014 dans l’accrochage « Paparazzi ! Photographes, stars et artistes », le duo Mazaccio & Drowilal pousse l’exercice en s’appropriant ces images et en les réagençant. Ils avancent un néologisme pour synthétiser leur démarche : « collimages ».

« Ce qui compte est d’obtenir un résultat ni trop bâclé ni trop virtuose, plausible mais imparfait, et que le tout recèle une immédiateté. » Elise Mazac

Les deux se sont rencontrés à Paris après des études d’art. Lui a grandi à Rodez, la préfecture de l’Aveyron ; elle, à 60 kilomètres de là, à Villefranche-de-Rouergue, une sous-préfecture du même département où ils vivent aujourd’hui, ayant fait d’une ancienne menuiserie leur vaste atelier. Enfants de la seconde moitié des années 1980, ils ont façonné leur culture dans cette zone rurale, sans grand musée aux alentours, et peu de films d’art et essai. « On a au contraire vécu une perfusion de “soft power” américain, à travers les séries X-Files, Code Lisa, les clips sur M6, et plus tard, les films piratés sur e-Mule. »

Il vous reste 45.19% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.