Les années Woodsteak, aux origines d’un monde sans viande

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Publié aujourd’hui à 16h16

Stepher Gaskin, leader de La Ferme, une communauté alternative installée dans le Tennessee, d’où furent bannis les produits animaux.

Impossible d’échapper à l’odeur de la mort. Elle se cramponne au village de Boxtel, dans le Brabant-Septentrional, au sud des Pays-Bas. Le patelin accueille le plus grand abattoir du pays et son immense cheminée : environ 20 000 cochons y entrent chaque jour, pour y être mis à mort. Les recours pour faire fermer cette usine se multiplient depuis des mois, à travers le groupe Close Vion – du nom de l’empire néerlandais de viande chargé de l’exploitation (4 500 employés, 4,9 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2020).

« Nous nous battons », déclare Jan Juffermans, par l’intermédiaire de Zoom, début juin. Connu dans tout le pays, le militant s’est toujours démené sur plusieurs fronts : pour imposer une taxe sur la viande, aux côtés du collectif True Animal Protein Price Coalition ; contre une banque accusée d’avoir financé plusieurs entreprises polluantes, avec les militants écologistes radicaux d’Extinction Rebellion ; ou, deux ans plus tôt, pour l’organisation d’un repas (végétal) de concorde entre les éleveurs locaux et les militants de la « coalition de la transition ».

A 76 ans, Jan Juffermans est le plus ancien et le plus respecté des activistes du coin. Pour comprendre l’aura de ce grand-père au sourire délicat, il faut revenir au début des années 1970. Une époque qui a vu émerger, en Europe et aux Etats-Unis, des pionniers d’un monde débarrassé de viande. Jan Juffermans est alors un jeune diplômé. Il vient de rejoindre une petite maison d’édition de Leyde, à côté de La Haye.

« Le début d’une grande discussion »

Son temps libre est entièrement consacré à des lectures sur le développement et la marche du monde. Jusqu’en 1972 et la publication par le Club de Rome, un groupe de réflexion, d’un rapport sur les conséquences environnementales de la croissance économique (Les limites de la croissance). Le jeune homme est effrayé par ce réchauffement climatique déjà en cours, au point de se poser une question fondamentale : « Ça va être ça, mon futur ? »

Il veut agir. Selon lui, le plus absurde reste la production de viande. Jan Juffermans admire l’agronome René Dumont, pionnier français de l’écologie politique, premier candidat vert à l’élection présidentielle, en 1974 (1,3 % des voix au premier tour). « Devant les Nations unies, il expliquait comment les consommateurs de viande étaient de vrais cannibales modernes, prêts à laisser mourir le monde, et les autres, pour se nourrir », approuve Jan Juffermans.

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