« Les applications de consommation responsable ont gagné une véritable influence sur les choix des industriels »

Tribune. Les applications de consommation responsable se multiplient et rencontrent un succès croissant : selon une étude IFOP, 25 % des consommateurs utiliseraient une application nutritionnelle comme Yuka ou Open Food Facts. Si elles visaient initialement à mieux informer les consommateurs sur les qualités nutritionnelles des produits alimentaires, la logique de transparence dont elles sont porteuses pourrait bien transformer en profondeur les pratiques des industriels bien au-delà du seul secteur agroalimentaire.

En juin 2021, la start-up Yuka a été condamnée en première instance par le tribunal de commerce de Paris à la suite d’une plainte de la Fédération des entreprises françaises de charcuterie traiteur pour « pratique commerciale déloyale et trompeuse ». Ce groupe d’industriels de la charcuterie estimait que le mauvais score attribué aux produits contenant des nitrites et nitrates était injustifié. Mais cette réponse judiciaire semble être à contre-courant de la tendance générale à la responsabilisation des industriels.

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Face à cette tendance de fond, l’enseigne Intermarché a par exemple annoncé avoir reformulé 900 de ses recettes en supprimant 142 additifs. Plutôt que de s’en prendre aux messagers portant la voix des consommateurs, les acteurs de l’alimentation tendent donc progressivement à intégrer l’existence de ces outils dans leurs stratégies pour préserver leurs ventes. Mais que se passerait-il si cette logique de transparence s’étendait à l’ensemble des secteurs de production ?

Impact écologique et pratique sociale

L’extension de cette logique demanderait d’abord la définition de nouveaux critères d’évaluation potentiellement plus complexes à élaborer que les scores nutritionnels, afin de mesurer des aspects comme l’impact écologique ou encore les pratiques sociales. Certaines applications ont d’ailleurs ouvert la voie en intégrant un « éco-score » conçu en coopération avec l’Agence de la transition écologique (Ademe) et tenant compte de l’impact de certains produits écologiquement.

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L’application BuyOrNot quant à elle relaie des appels au boycottage liés à l’impact social des entreprises productrices (emploi de personnes mineures, mauvaises conditions de travail, corruption) et prévoit la création d’une rubrique proposant des produits alternatifs.

Un autre critère potentiellement déterminant pourrait être la durée de vie et le degré de réparabilité des produits : à la fois moins chers sur le long terme et plus responsables, les produits les plus durables seraient logiquement préférés par les consommateurs.

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