Les arts de la rue interpellent le ministère de la culture pour 2022

La compagnie des « Frères Troubouch » en représentation lors du Festival international de théâtre de rue d’Aurillac, en août 2018.

Les arts de la rue sont dans le rouge. Alors que le spectacle vivant reprend peu à peu des couleurs avec une foule de productions rentrées parfois au chausse-pied dans les programmations des théâtres, ce secteur reste en rade. Sur une initiative de Pierre Mathonier, maire (PS) d’Aurillac, ville emblématique pour son festival international de théâtre de rue créé en 1986, annulé en août 2020, puis en 2021, une lettre ouverte signée par une soixantaine de personnalités politiques, maires et députés, a été envoyée le 23 septembre à la ministre de la culture, Roselyne Bachelot. Elle entend alerter sur les difficultés de plus en plus grandes rencontrées par les artistes, qui contrairement aux autres, n’ont pas repris le chemin du travail comme ils l’espéraient cet été, la haute saison pour eux.

En lien avec les treize Centres nationaux des arts de la rue et de l’espace public (Cnarep), lieux de création et de diffusion apparus il y a une dizaine d’années sur tout le territoire, cette lettre décline les multiples raisons qui ont mis progressivement les troupes des arts de la rue, au nombre de 1 000 avant la pandémie, sur la touche. Depuis mars 2020, les réglementations dans l’espace public, déjà complexes en raison des mesures Vigipirate apparues suite aux attentats de 2015, se sont ainsi durcies par le biais des interdictions et des mises en places de jauges.

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Cela a touché certains formats comme les déambulations et les grosses productions rassemblant une foule de centaines, voire de milliers de personnes. « Il faut rappeler que la question du plateau se pose très différemment pour les artistes de rue et c’est ce qui fait leur singularité, souligne Mathieu Maisonneuve, directeur de l’Usine, Cnarep à Toulouse. Il n’est pas question de poser une estrade dehors en reconfigurant une salle de théâtre en extérieur. Cela a été le cas depuis six mois avec une majorité de propositions enfermées dans les cours des immeubles, les parkings et les parcs. La force des arts de la rue est d’imaginer de nouvelles relations aux gens en s’appropriant autrement et librement les rues et l’espace public. »

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Parallèlement, l’obligation du passe sanitaire, qui « touche très fortement la profession et la diffusion des spectacles », a aussi entraîné l’annulation de nombreux rendez-vous, dont cette plaque tournante qu’est Aurillac. « Cela fait trente-cinq ans que la ville s’ouvre au mois d’août pour les artistes, le plus souvent intermittents, en accueillant quelque six cents compagnies qui remplissent ici leurs carnets de diffusion, commente Pierre Mathonier. Ils n’ont pas pu le faire depuis deux ans et se trouvent donc très fragilisés. Certains ne pourront pas présenter leurs créations avant l’été 2022 et nombreux sont ceux qui ne tiendront pas jusque-là. »

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