Les auditeurs continuent de faire faux bond à la radio

Une nouvelle fois, France Inter se hisse sur la première marche, avec 11,3% d’audience cumulée.

A quoi bon communiquer sur des chiffres s’il n’est pas permis de les interpréter ? Une nouvelle fois, mardi 13 juillet, les opérateurs de la radio tentent une mission impossible, à savoir trouver des motifs de satisfaction dans une mesure de l’audience qu’ils ne peuvent pas exploiter selon les critères habituels. La seule donnée qui ne se prête à aucun commentaire hasardeux est une nouvelle fois inquiétante : les auditeurs continuent de fuir les ondes.

Entre avril et juin 2021, la radio a perdu un million d’auditeurs par rapport à la même période de 2020, selon Médiamétrie. A l’époque, le média radio venait déjà d’afficher une chute vertigineuse de quatre points, soit environ deux millions d’individus, installant son audience cumulée à 73,6 %. Rétrogradée à 71,3 %, cette audience établit que, désormais, le nombre d’auditeurs quotidiens est inférieur à 40 millions (39,1 millions), un plancher jamais atteint.

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« Quand vous avez une période comme celle d’avril où les vacances scolaires et l’école à la maison se sont étirées sur quatre semaines, et que le télétravail a une nouvelle fois accentué le manque de mobilité (la radio s’écoute beaucoup en voiture), cela pénalise la radio », justifie Régis Ravanas, à la tête des radios du groupe RTL.

Dans ce contexte, le podium voit une nouvelle fois France Inter se hisser sur la première marche, avec 11,3 % d’audience cumulée, un chiffre stable sur un an. Derrière elle, RTL dégringole, passant de 11,1 % en 2020 à 10 %. A 8,4 %, NRJ relève le nez (+ 0,2) et double France Info (8,2 %, en hausse de 0,1 point sur un an). France Bleu termine la saison à 5,6 % (soit 0,3 point de plus en un an), RMC restant devant elle, malgré une forte baisse (5,8 %, contre 6,6 % il y a un an). Quant à Europe 1, elle continue inexorablement de plonger : 4,3 % contre 4,5 % l’an dernier.

Radio France relativement épargnée

Sauf que comparer l’écoute de la radio au printemps 2021 à celle du printemps 2020 n’a pas beaucoup de sens. Le premier confinement avait obligé Médiamétrie à restreindre sa période de sondage à quelques semaines. Elle-même, d’ailleurs, peut être considérée comme « atypique », puisque les habitudes d’écoute n’ont plus rien à voir avec ce qu’elles étaient avant la pandémie de Covid-19.

A Radio France, relativement épargnée par la désaffection dont souffre le marché, on s’efforce de tirer des enseignements en mixant les données sur le temps long. « Nos antennes ont gagné 266 000 auditeurs par rapport à la dernière vague, et 400 000 sur la saison 2020-2021 par rapport à la saison 2019-2020 », se félicite ainsi Dana Hastier, la directrice des antennes et de la stratégie du groupe radiophonique public.

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Si, en dépit de tous ces obstacles pour l’exploiter, « la 126 000 » (ainsi nommée parce qu’elle rassemble les données de 126 000 sondages effectués par téléphone sur une année) continue d’être utilisée, c’est parce qu’elle sert à établir les tarifs publicitaires des spots pour les mois à venir. « Nous sommes encore en train de discuter avec nos concurrents et le marché pour déterminer quelle période pourra servir de base à la commercialisation des espaces publicitaires à la rentrée prochaine », reconnaît M. Ravanas.

Les radios pourraient s’entendre pour exclure certains mois, trop faibles, de cette méthode d’évaluation, ou au contraire étirer la période de référence de façon à estomper les phénomènes. De quoi, peut-être, sauver ce qui peut l’être en matière de rentrées financières, mais rien qui puisse effacer la vérité la plus criante : les auditeurs prennent leurs distances avec la radio.