Les beaux débuts de Nathalie Stutzmann à l’Orchestre de Paris

La chef d’orchestre Nathalie Stutzmann.

Une Philharmonie de Paris des grands soirs a accueilli les débuts de Nathalie Stutzmann à l’Orchestre de Paris, mercredi 20 octobre. La chef d’orchestre et contralto française apparaît, il est vrai, auréolée de sa toute récente nomination à la tête de l’Orchestre symphonique d’Atlanta (Géorgie) – un mandat de quatre ans, à partir de 2022. Une distinction qui suit, à moins d’un an, le fait d’avoir été choisie comme chef principale invitée à l’Orchestre symphonique de Philadelphie (Pennsylvanie), auprès de Yannick Nézet-Séguin.

Première femme à diriger l’une des vingt-cinq grandes phalanges américaines, après la pionnière Marin Alsop, à la tête de l’Orchestre de Baltimore (Maryland) de 2007 à 2021, Nathalie Stutzmann, qui poursuit par ailleurs sa carrière lyrique, entame également sa quatrième saison en tant que chef principal de l’Orchestre symphonique de Kristiansand, en Norvège.

Revanche sur le destin

C’est donc une grande femme, sinon pressée, du moins occupée, qui s’est présentée au public, baguette à la main, sobrement vêtue d’une veste et pantalon noirs. Au programme, une œuvre au titre symbolique : l’ouverture de La forza del destino, de Verdi. La contralto, qui a toujours voulu faire de la direction d’orchestre, s’est en effet heurtée, dès l’âge de 15 ans, à un interdit. « Il m’a été très clair, dès le début, que je n’avais aucune chance de réaliser mon rêve de chef d’orchestre en raison de mon sexe, confiait-elle, le 14 octobre, au micro de France Musique. Je savais que c’était une catastrophe. Je ne pouvais même pas apprendre, c’était si difficile et si frustrant. »

Malgré cela, comme la plupart de ses comparses, la musicienne aspire aujourd’hui à ce que la notion de genre n’intervienne plus dans la considération que l’on a pour les femmes chefs d’orchestre. Faudra-t-il, dès lors, déplorer que la soirée soit soutenue par le Fonds Chanel pour les femmes dans les arts et dans la culture ? On imagine en tout cas combien doit être savoureuse cette revanche sur le destin prise par la musicienne de 56 ans, encore un peu tendue et raide en ce début de soirée.

On a roulé le grand Yamaha de concert sur le podium pour le Concerto pour piano n° 3, de Beethoven. Au clavier, Alexandre Tharaud. Nathalie Stutzmann défend un Beethoven encore mozartien. Les lignes orchestrales sont souples, subtilement phrasées, tandis que la maestra prend plaisir à souligner tel mouvement des violoncelles, mettant à jour les parties plus discrètes de la polyphonique. Le piano élégant et chambriste d’Alexandre Tharaud a pris le relais, plus enclin à suggérer qu’à asséner, noyant parfois la dynamique pour mieux retomber sur ses pattes de chat.

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