« Les cessions de participations de l’Etat sont au point mort depuis fin 2019 »

Le rapport annuel (juin 2020-juin 2021) de l’Agence des participations de l’Etat (APE), publié mardi 26 octobre, s’ouvre sur un satisfecit sans réserve de Bruno Le Maire : par son action dès le début de la pandémie de Covid-19, le gouvernement a sauvé des entreprises, placé des filières industrielles sous perfusion d’argent public et permis la reprise de leur activité, écrit en substance le ministre de l’économie, des finances et de la relance.

Au diable la modestie ! Mais il faudrait être de mauvaise foi pour contester la rapidité avec laquelle il a répondu à la crise sans précédent du printemps 2020. Le rythme de vie plutôt tranquille de l’agence en a été bouleversé, comme ses priorités de gestion d’un portefeuille de 83 entreprises dont l’Etat détient tout ou partie du capital. Un patrimoine de 125 milliards d’euros, qui s’est redressé après sa chute à 84 milliards en juin 2020.

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A elle seule, la valeur des onze sociétés cotées, tombée à 52,3 milliards à la suite de l’effondrement des marchés au début de la pandémie, est remontée à 73,6 milliards (au 22 octobre). L’APE se félicite de la « performance exceptionnelle » de ce portefeuille entre juin 2020 et juin 2021 (+ 34,4 %), légèrement supérieure à celle du CAC 40, l’indice-phare de la place de Paris.

Interventions d’urgence

L’Etat a mobilisé des capitaux (prêts garantis, augmentations de capital, souscription à des émissions d’obligations…) pour soutenir – voire sauver – des entreprises stratégiques ou des services publics essentiels (SNCF, EDF, Air France-KLM, Renault, Airbus…). De son côté, l’APE a été dotée de 20 milliards d’euros dès le printemps 2020, dont plus de 8 milliards ont été dépensés pour Air France-KLM, SNCF Réseau et trois fonds sectoriels (aéronautique, automobile, nucléaire).

Ces interventions d’urgence sont cohérentes avec la doctrine de l’agence, redéfinie en 2017 : focaliser les efforts sur les entreprises où la souveraineté de la France est en jeu (défense et nucléaire), celles qui sont essentielles au bon fonctionnement de l’économie (transports, énergie…) et celles dont la faillite aurait des effets en chaîne désastreux sur l’ensemble de l’économie. Mais cette nouvelle stratégie passait aussi par la privatisation d’une partie du patrimoine de l’Etat – bienvenue pour renflouer les comptes publics.

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Ces cessions sont au point mort depuis la mise sur le marché de 52 % de la Française des jeux fin 2019. Avant même la crise sanitaire, le gouvernement avait suspendu les deux opérations prévues : Aéroport de Paris, dont les vingt plates-formes n’ont retrouvé que 39 % de leur activité de 2019 ; et Engie, en pleine restructuration de ses activités. L’Etat est revenu en force. Il restera un actionnaire-clé (28,6 % ) d’Air France-KLM et doit même reprendre 100 % de l’activité nucléaire d’EDF.