Les chansons douces d’Adrien Gallo

Adrien Gallo, au bar de l’Hôtel Grand Amour, à Paris, le 27 juillet.

Les babillages qui introduisent les premières secondes de Là où les saules ne pleurent pas, nouvel album solo d’Adrien Gallo, ne sont pas ceux de bébés rockeurs, mais les gazouillis des jumeaux de ce jeune papa de 32 ans. Après avoir fait brailler les guitares avec les BB Brunes (Blonde comme moi, Nico Teen Love), dans la seconde moitié des années 2000, en petits frères parisiens des Strokes et des Libertines, avant de sautiller aux rythmes des synthétiseurs, dans les années 2010, avec son groupe (Long Courrier, Puzzle) ou lors d’un premier essai solitaire (Gemini), l’ex-chantre de l’excitation juvénile berce sa nouvelle vie de famille d’une délicatesse parée de guitares acoustiques, piano et quintette à cordes. Comme si, après les défoulements rock et les danses pop, la maturité le rapprochait de la chanson.

Depuis ses débuts, le prestige des références anglo-saxonnes côtoie l’enracinement francophone d’Adrien Gallo. Les premiers hymnes des BB Brunes ne reniaient ainsi rien de Téléphone. De la même façon que leur mutation synth-pop devait autant à Etienne Daho qu’à Metronomy. Si Adrien Gallo a, pour la première fois, eu envie de ciseler des arrangements de violons, harpe, flûte et vibraphone, il le doit notamment à son goût de la pop baroque et folk des années 1960 et 1970.

En direct avec un quintette à cordes

La musique de chambre tamisée de la chanson-titre ou de L’un aime l’autre et l’autre un autre revendique ainsi l’influence de l’intimisme ouvragé de l’ancien chanteur des Zombies, l’Anglais Colin Blunstone. « Son premier album solo, One Year [1971], est un chef-d’œuvre, une référence ultime de beauté intemporelle », insistait, fin juillet, le Français. Avec son ami d’enfance l’ingénieur du son Maxime Kosinetz, coréalisateur du disque, le chanteur aux boucles brunes dit avoir aussi fantasmé du côté de Nick Drake, Cat Stevens, Paul Simon, du trop méconnu Emitt Rhodes ou du bucolique Ram (1971) de Paul et Linda McCartney. Mais, avec Là où les saules ne pleurent pas, il a également tenu à replonger dans un répertoire français, depuis l’âge d’or de la chanson des années 1950 et 1960 jusqu’aux figures de la variété des années 1970 et 1980.

En se payant le luxe de chanter en direct avec un quintette à cordes, dans les très vintage Studios Saint-Germain appartenant à Raphaël Hamburger (fils de Michel Berger et de France Gall), Adrien Gallo cherchait ainsi à retrouver un peu de l’émotion des productions d’avant les yé-yé. Quand, par exemple, Jacques Brel ou Charles Aznavour enregistraient live, avec un orchestre. « Jouer en s’adaptant aux qualités et défauts du chanteur ; chanter en découvrant ce que produisent pour vous les musiciens apporte plus de vie à une chanson qu’en enregistrant séparément les uns et les autres », explique Adrien Gallo.

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