Les confinements ne nuisent pas plus à la santé que le Covid-19 lui-même, selon une étude

Plusieurs chercheurs ont étudié les affirmations selon lesquelles les actions gouvernementales pour freiner l’épidémie causeraient plus de dégâts sur la santé des individus que l’épidémie.

C’est une question qui a agité les esprits lors des confinements successifs, en France et à l’étranger: et si ces mesures restrictives étaient au final plus nocives pour notre bien-être que l’épidémie de Covid-19 en elle-même? Plusieurs chercheurs ont décidé de s’y intéresser. Leur analyse a été publiée lundi 19 juillet dans la revue médicale britannique BMJ Global Health et a été relayée dans le Guardian . Et selon leurs conclusions, les confinements n’ont pas un impact négatif sur la santé des individus supérieur à celui du Covid-19 lui-même.

Les scientifiques ont analysé l’impact des restrictions gouvernementales sur le taux de mortalité, les services de santé routiniers, les programmes de santé mondiale, le suicide et la santé mentale. Ils se sont basés sur la base de données mondiale de la mortalité, toutes causes confondues, regroupant 94 pays.

Pas de surmortalité liée aux restrictions sanitaires

«Aucun endroit dans l’ensemble de données n’a connu à la fois une surmortalité et des confinements en même temps qu’un faible nombre de cas de Covid-19, ce à quoi nous nous attendrions si les confinements causaient indépendamment un grand nombre de décès à court terme», note l’étude, qui cite l’exemple de la Nouvelle-Zélande et de l’Australie, qui n’ont pas enregistré de surmortalité en 2020 malgré des restrictions importantes contre le Covid-19. Le Brésil, la Suède et la Russie, pays avec peu de restrictions, ont quant à eux enregistré un grand nombre de décès tout au long de la pandémie.

Les auteurs estiment même que les confinements pourraient avoir réduit la mortalité comparée aux années précédentes, en limitant la transmission de la grippe ou en réduisant les accidents de la route.

Le Covid-19 lui-même responsable d’une santé mentale dégradée

En revanche, «il existe clairement un lien entre les épidémies de Covid-19, les interventions gouvernementales et les réductions de fréquentation des services de santé vitaux non-Covid», constatent les auteurs, qui relèvent toutefois que cette association peut être liée au manque de capacité des services de santé ou aux impacts de la pandémie elle-même. Le public aurait volontairement évité de se rendre dans les établissements de santé de peur d’être contaminé par le virus.

S’il existe «de nombreuses preuves que la santé mentale a diminué dans la population depuis le début de la pandémie», le nombre de décès par suicide n’a, lui, pas augmenté. Les chercheurs soulignent que la pandémie et les décès qu’elle a causés peuvent aussi expliquer les problèmes de santé mentale. Et, «là où le taux de suicide a augmenté, comme au Japon, cela n’a pas été associé à l’action du gouvernement mais à un chômage à grande échelle qui s’est produit bien après que le gouvernement a levé les restrictions et encouragé les individus à reprendre une vie normale», indique l’étude. Pourtant, selon une étude menée par Diffusis France pour Upfeel.io en mars 2021, c’était les restrictions des libertés qui, pour 75% des répondants, avaient eu le plus grand impact sur leur chute de moral.

Plus de bénéfices que de dommages

La pandémie de Covid-19 a aussi eu des conséquences sur les programmes de santé mondiaux. Les fonds et agents destinés à la lutte contre le VIH et la tuberculose ont pu, par exemple, être redirigés vers le dépistage et le traitement du Covid. Mais «il reste difficile de déterminer les contributions relatives de la pandémie elle-même par rapport aux mesures de santé publique mises en place pour freiner le Covid», souligne-t-on.

Les auteurs de l’étude ne nient toutefois pas que les confinements aient pu causer des dommages. Selon eux, «ce qui est clair, c’est que les interventions gouvernementales ont eu un fort impact sur les cas et décès dus au Covid-19» et que «le fait qu’il n’y ait aucun endroit dans le monde où un confinement sans un grand nombre de cas de Covid-19 ait été associé à une surmortalité élevée montre de manière assez convaincante que les interventions elles-mêmes ne peuvent pas être pires que les grandes épidémies de Covid-19, du moins à court terme».