Les danseuses du Crazy Horse se remettent doucement en selle après un an et demi d’arrêt

Séance d’essayage pour la danseuse Daniella, alias Tina Tobago, à Saint-Denis, le 23 juillet 2021.

Dans un ancien studio de production à Saint-Denis, Daniella, alias Tina Tobago, essaie un costume pour un nouveau numéro. Perruque bleue à frange coupée au carré, lèvres rouges, short excessivement court, bas couture, veste imitation Chanel, l’artiste tente un battement de jambes pour voir si la tenue ne la gênera pas pour danser. Lundi 2 août, la troupe du Crazy Horse se retrouve pour cinq semaines de répétition dans ce hangar, sur une scène réplique exacte de celle du célèbre cabaret, avenue George-V, à deux pas des Champs-Elysées.

Le retour des shows est prévu pour septembre, après presque un an et demi d’interruption, excepté quatre semaines de représentations, en octobre 2020. Du jamais-vu depuis la création de l’institution, en 1951. Cette réouverture tardive est un choix qui découle de l’absence de la clientèle étrangère cet été : « De toute manière, la période estivale n’est pas la meilleure saison pour le Crazy », positive Andrée Deissenberg, sa directrice création et développement.

C’est également une solution pour permettre aux 18 danseuses en CDI et aux quelques intermittentes une reprise en douceur. Conséquence de l’arrêt brutal des représentations, les corps, mécaniques délicates, sont rouillés, parfois blessés, et l’esprit souvent loin des shows. Il va falloir être attentif : « Trois heures de répétition en studio chaque jour ne correspondront jamais à trois heures sur scène, où les filles vont toujours au bout de leurs capacités émotionnelles et physiques, prévient Svetlana Konstantinova, la directrice de scène, qui entraîne les danseuses. Je compte sur l’adrénaline et l’excitation à l’idée de remonter sur scène, en espérant qu’elles ne se transformeront pas en angoisse. »

Danseuse et infirmière de bloc

Pour le moment, Svetlana Konstantinova, Andrée Deissenberg et les habilleurs scrutent en détail le costume de Tina, qui prend la pose, perchée sur les talons de ses escarpins Louboutin. Impossible d’imaginer que, deux mois plus tôt, la jeune femme de 31 ans était dans l’incapacité de lever les bras, les épaules bloquées par une année 2020 sous haute tension.

« Passer de 13 shows par semaine à rien du tout réveille des blessures et des douleurs qui sont supportables quand on s’entraîne quotidiennement, des tendinites, mal aux pieds, aux épaules… » Emma, danseuse

Après l’annonce de la fermeture du Crazy Horse, en mars 2020, Daniella-Tina, auparavant infirmière de bloc, avait décidé d’apporter son aide dans les hôpitaux. « Pendant quatre mois, j’ai travaillé aux urgences et dans un service de réanimation. C’était extrêmement difficile, jamais je n’avais exercé dans de telles conditions », se souvient-elle. Elle continue à tenir son rôle de soignante ponctuellement.

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