Les défis du nouveau bac

Editorial du « Monde ». A quoi sert le baccalauréat ? Tout à l’excitation des résultats, les quelque 700 000 candidats qui étrennent la nouvelle formule de cet examen conçue par le ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, n’ont pas la tête à se poser pareille question. Le faire revient à s’interroger sur la fonction sociale, scolaire, éducative, d’un véritable monument national, sur le sens d’un moment unique dans la vie du pays où se joue, génération après génération, le passage à l’âge adulte et où l’éducation nationale est sur la sellette.

Répondre à la question de l’utilité du bac suppose de reconnaître que l’examen passé en 2021 par ses enfants n’a pas grand-chose à voir avec celui qui vous a donné en son temps quelques sueurs froides. Et que ce n’était pas forcément « mieux autrefois », lorsque le « premier grade de l’enseignement supérieur » – la fonction historique du bac – était réservé aux fils et filles de la bourgeoisie. L’objectif qui a consisté à faire accéder « 80 % d’une classe d’âge au niveau du bac » a longtemps symbolisé l’idéal de la démocratisation de l’éducation.

Des fonctions essentielles

En 1985, lorsque Jean-Pierre Chevènement, alors ministre de l’éducation nationale, l’avait fixé, moins d’un élève sur trois accédait au bac (avec un taux de réussite de 67 %). L’objectif est atteint depuis 2012, avec un taux de réussite atteignant cette année 90,5 % avant les épreuves de rattrapage.

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En réalité, avec plus de 80 % de reçus depuis une vingtaine d’années, le baccalauréat n’a plus pour fonction de sélectionner à l’entrée de l’enseignement supérieur. D’autant que, depuis la généralisation de la plate-forme Parcoursup, où les vœux d’orientation sont déposés dès la mi-mars, le sort en est jeté bien avant le passage des épreuves finales. La réforme vise précisément à ce que les deux tiers des notes comptant pour le bac soient dès ce moment prises en compte.

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Il y a donc quelque hypocrisie à accuser le « bac Blanquer » d’achever un examen que tous les prédécesseurs de l’actuel ministre, de gauche comme de droite, ont cherché en vain à réformer en raison de son coût et des perturbations qu’il provoque dans les lycées au troisième trimestre. Repositionné, le bac conserve des fonctions essentielles : clé de voûte du système scolaire, il commande toute son architecture ; symbole de réussite, il focalise l’énergie des lycéens et constitue un rite auxquels les Français sont attachés.

Inévitable, la montée en puissance de l’évaluation par contrôle continu n’en est pas moins porteuse de dangers : des pressions des élèves et des parents risquent de s’accentuer sur les enseignants dont les notes sont déterminantes ; aux risques d’une inégalité entre les modes d’appréciation des professeurs s’ajoutent ceux d’une inflation générale dans les notes et d’une concurrence accrue entre lycées dont la réputation, plus que la notation, fera la différence. Mais rien ne dit qu’une somme de résultats étalés sur deux ans soit moins juste socialement que des épreuves couperet finales.

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Réels, ces écueils supposent la mise en place de garde-fous : l’harmonisation des pratiques d’évaluation, une vigilance de l’administration contre les pressions sur les enseignants. Mais, plus que par le mode d’évaluation au bac, les inégalités sociales sont renforcées par l’inégale information des familles sur les filières, par la disparité des moyens accordés entre les lycées, et, dans le supérieur, par le fossé entre les filières sélectives, privilégiées, et les universités, principal lieu de brassage des étudiants, victimes d’un sous-investissement chronique.

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Le Monde