« Les dirigeants chinois voient l’Afghanistan comme un signe d’affaiblissement des Etats-Unis »

Tribune. Victoire éclair des talibans en Afghanistan après l’annonce du retrait américain, dangereux chaos autour des évacuations à l’aéroport de Kaboul : l’occasion était trop belle pour que la Chine n’accentue pas son discours sur l’irréversibilité du déclin américain. En ligne de mire, Taïwan, et avec un message corollaire bien connu mais qui résonne plus fort dans le tumulte de l’actualité afghane : l’irrémédiable érosion de la détermination des Etats-Unis à protéger Taïwan d’une annexion chinoise.

Les dirigeants du Parti communiste chinois travaillent avec méthode à un tel dénouement. Il est certain qu’ils voient l’Afghanistan comme un signe d’affaiblissement des Etats-Unis. Mais si l’échec de l’interventionnisme visant à propager la démocratie est une excellente nouvelle pour la Chine, en conclura-t-elle pour autant que les Etats-Unis ne défendront pas les démocraties existantes ? Il s’agit là d’entreprises très différentes.

Il est plus probable que ce retrait apparaisse à la Chine comme un recentrage américain sur des objectifs défensifs plus limités, plus réalistes, voire un redressement – certes coûteux au vu de son exécution désastreuse. En exploiter les erreurs ne signifie pas en ignorer les risques.

La compétition sino-américaine

Le retrait d’Afghanistan libère en effet des ressources qui doivent être affectées à la défense du statu quo en Asie maritime, et en particulier dans le détroit de Taïwan, véritable centre de gravité de la compétition sino-américaine. Les administrations Trump et Biden ont déjà libéré la coopération de défense avec Taïwan de certaines contraintes du passé.

Le premier succès tangible de l’administration Biden sur le dossier taïwanais est sa coordination avec le Japon. Pour la première fois, sous le gouvernement du Premier ministre Yoshihide Suga, la troisième puissance mondiale cherche à peser sur l’équation de sécurité dans le détroit. La Chine ne feint pas d’ignorer la réalité de cet approfondissement sans précédent de la coopération Etats-Unis/Taïwan en matière de défense. Ses récents exercices militaires simulant des opérations amphibies contre Taïwan y ont d’ailleurs été présentés comme une « réponse directe ».

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Que la Chine joue de l’image de Kaboul pour semer le doute sur la garantie de sécurité américaine est naturel. Mais les « opérations cognitives » ne sont pas le volet qui compte le plus dans sa politique taïwanaise. La réalité du rapport de force militaire est un indicateur plus précis.

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