Les discours sur une « invasion » migratoire en France contredits par les chiffres

Une responsable de l’office français de l’immigration et de l’intégration avec des migrants, à l’aéroport Roissy-Charles de Gaulle, en 2018.

Analyse. En ces débuts de campagne présidentielle, les prises de parole des candidats à droite et à l’extrême droite donnent le sentiment d’un pays ouvert aux quatre vents, subissant des flux migratoires sans aucune sorte de pouvoir à leur égard. Ainsi, Valérie Pécresse veut « stopper l’immigration incontrôlée » et estime qu’« il y a trop d’immigrés en France » ; Michel Barnier défend l’idée d’un « moratoire », quand Xavier Bertrand veut « que nous reprenions en main notre politique migratoire » et que Marine Le Pen entend soumettre aux Français un « plan complet de maîtrise de l’immigration ».

Lire aussi Immigration : trois chiffres cités par Eric Zemmour et Jordan Bardella à manier avec prudence

La France est-elle à ce point submergée ? On compte aujourd’hui 6,8 millions d’immigrés pour 67,3 millions d’habitants, soit 10,2 % de la population (10,5 % à 12 % en intégrant les 300 000 à 600 000 illégaux), contre 7,4 % en 1975 et 5 % en 1946. Ces immigrés sont, selon la définition de l’l’Institut national de la statistique et des études économiques, des personnes nées étrangères à l’étranger, ce qui veut dire que, parmi elles, se trouvent des personnes devenues françaises (36 %). Pour faciliter les comparaisons internationales, on préfère souvent retenir le nombre de résidents en France nés à l’étranger. En 2020, ils représentent 12,7 % de la population.

Que peut-on faire dire à ces chiffres ? Dans son ouvrage Parlons immigration en 30 questions (La Documentation française, 110 pages, 5,90 euros), François Héran montre que ce taux est bien inférieur aux pays du Golfe, où il atteint 70 % mais, a contrario, bien supérieur à celui des « géants démographiques » que sont la Chine, l’Inde ou le Brésil, où il n’atteint pas 1 %. « Il est impossible d’en déduire une proportion optimale d’immigrés, écrit-il. Ce concept n’est pas scientifique mais politique. »

Recul de la fécondité

Cependant, on peut souligner que la part d’immigrés en France est inférieure à la moyenne des pays de l’OCDE (13,6 %), et de pays comme l’Espagne (13,3 %), les Pays-Bas (13,5 %), le Royaume-Uni (13,7 %), l’Allemagne (16,2 %), la Belgique (17,3 %) ou encore le Canada (20,3 %). Quantitativement, la France se rapproche plutôt de la Lettonie ou de l’Italie. « Il y a une illusion de l’importance de l’immigration, estime Jean-Christophe Dumont, qui dirige la division des migrations internationales à l’OCDE. Elle a augmenté récemment sous l’impulsion des crises humanitaires, de l’immigration familiale et de travail, mais les effectifs sont le résultat des flux des décennies passées, et l’immigration a été très réduite des années 1980 aux années 2010. »

Il vous reste 57.81% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.