« Les Eclairs », un opéra éblouissant de Philippe Hersant

Jean-Christophe Lanièce (Gregor) et Marie-Andrée Bouchard-Lesieur (Ethel Axelrod) dans « Les Eclairs », de Philippe Hersant.

Un parfum d’histoire flottait dans la salle de l’Opéra-Comique, à Paris, mardi 2 novembre, à l’occasion de la création du troisième ouvrage lyrique de Philippe Hersant, Les Eclairs, sur un livret de Jean Echenoz. Par la présence à l’affiche de deux grands noms de la culture contemporaine, mais aussi par celle, dans la loge d’honneur, de deux directeurs de cette institution : Olivier Mantei, en poste depuis 2015, et Louis Langrée, récemment nommé pour lui succéder.

Bien que sa nature le pousse à écouter plutôt qu’à parler, à se mettre en retrait des projets qu’il a lancés plutôt qu’à parader après leur consécration, souvent unanime, Olivier Mantei est apparu comme le grand gagnant de la soirée, achevant sa mandature sur un coup d’éclat, dans le registre du non-conformisme qui le caractérise.

Connu pour son engagement en faveur des compositeurs à tendance novatrice, tels que Karlheinz Stockhausen, Philippe Manoury, Pascal Dusapin ou Francesco Filidei, qui ont signé quelques moments forts de sa programmation, le futur directeur général de la Philharmonie de Paris a pris congé de la salle Favart avec une commande passée à quelqu’un qui se situe aux antipodes de la notion de modernité.

Riche partition

Philippe Hersant est en effet porté par une considération intime du passé, et l’histoire, adaptée par Jean Echenoz de son propre roman Des éclairs (Editions de Minuit, 2010), a permis au musicien de 73 ans d’en témoigner dans une partition d’une richesse sans doute inégalée dans son catalogue. En variant les plaisirs, de la citation détournée (scherzo de la Symphonie du Nouveau Monde, d’Antonin Dvorak, quand le personnage principal débarque en Amérique) à l’exercice de genre (l’opérette pour une amorce « d’époque », le jazz pour la sensualité féminine) et, surtout, en échappant au piège des conventions que n’a pas toujours évité son librettiste.

Si la vie de Nikola Tesla (1856-1943), pionnier de l’électricité menaçant l’hégémonie de Thomas Edison (1847-1931), inspire à Jean Echenoz quelques jolies répliques à base d’alexandrins (« Je suis né sous l’orage au milieu du tonnerre », confie le scientifique désormais prénommé Gregor) ou d’assonances (« veules, viles, vides, vains » sont ainsi brocardés les pigeons qu’il chérit), mais aussi d’incroyables platitudes (« Tout rival devient aussitôt un ennemi ») et d’obscures métaphores (« Vous êtes l’eau glacée du calcul égoïste »), elle patine dans une intrigue en quatre actes qui enchaîne les scènes en limitant le potentiel dramatique des personnages à la situation de tel ou tel tableau.

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