« Les Ecrits intimes » : Patricia Highsmith, l’amoraliste

L’écrivaine américaine Patricia Highsmith, à Locarno (Suisse), en 1989.

« Les Ecrits intimes. 1941-1995. Journaux & carnets » (Her Diaries and Notebooks. 1941-1995), de Patricia Highsmith, édité par Anna von Planta, postface de Joan Schenkar, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Bernard Turle, Calmann-Lévy, 1 056 p., 35 €, numérique 25 €.

A sa mort, en 1995, à l’âge de 74 ans, Patricia Highsmith légua ses droits d’auteur – vingt-deux romans, un essai, des recueils de nouvelles – à Yaddo, une colonie d’artistes installée à Sarasota Springs (Floride). Celle-ci l’avait accueillie en résidence, sur la recommandation de Truman Capote, en 1948. Elle y avait côtoyé Chester Himes, Flannery O’Connor et l’auteur anglais Marc Brandel, avec lequel elle entretint une liaison intermittente, s’ajoutant à ses nombreuses aventures féminines. Même si elle avait transgressé les règles de la communauté, fait plusieurs fois le mur, elle avait été heureuse au sein de ce phalanstère. C’est là qu’elle avait achevé L’Inconnu du Nord-Express (Calmann-Lévy, 1951), son premier roman et best-seller, adapté au cinéma trois ans plus tard par Alfred Hitchcock.

De huit mille à mille pages

Toute sa vie, Patricia Highsmith fut une diariste assidue. A ses yeux, cette pratique permettait de purger les émotions et était bénéfique pour l’analyse intellectuelle. Après sa disparition, cinquante-six volumes de manuscrits, journaux et carnets furent découverts au fond d’une armoire à linge, dans la maison-forteresse qu’elle avait fait bâtir en Suisse. Soit, au total, huit mille pages, réduites à mille après un travail de transcription, de traduction (elle rédigeait parfois en plusieurs langues) et de révision, effectué par la maison d’édition zurichoise Diogenes devenue, à partir de 1978, la représentante mondiale de ses droits, et l’exécutrice de son fonds littéraire.

« Ç’aurait été une erreur de reproduire les journaux et carnets mot à mot, bourrés qu’ils sont de répétitions, indiscrétions et commérages ; surtout en ce qui concerne les années de jeunesse (…). » Ont également fait l’objet de coupe certaines considérations de cette autrice qui avait grandi dans un milieu antisémite, et dont les préjugés, déjà présents dans ses journaux et carnets, s’étaient approfondis avec l’âge. « Ce n’est que dans certains cas extrêmes que nous avons jugé de notre devoir de refuser à Pat le droit de s’exprimer, comme nous le faisions quand elle était encore en vie. Il est difficile de comprendre les raisons de son amertume, notamment dans le cas de son antisémitisme de plus en plus marqué », note l’éditrice Anna von Planta, dans l’avant-propos des Ecrits intimes de Patricia Highsmith, qui paraît l’année du centenaire de la naissance de la romancière.

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